Les émergents élargissent leur terrain de chasse en Europe
Weetabix, KPN, une chaîne de distribution de films: en quelques jours, plusieurs cibles situées en Europe et aux Etats-Unis ont fait l’objet d’offensives de la part de sociétés de pays émergents. Des dossiers qui marquent un élargissement du terrain de chasse des acquéreurs asiatiques ou latino-américains. Jusqu’à présent, ceux-ci s’étaient surtout concentrés sur des actifs énergétiques ou du secteur des utilities. Désormais, les marques bien établies sont aussi dans leur ligne de mire.
L’initiative la plus spectaculaire est à mettre au compte de Carlos Slim, le milliardaire mexicain, qui entend porter de 4,8% à 28% sa participation (via America Movil) au capital de l’opérateur en télécoms néerlandais KPN. Le géant chinois de l’agroalimentaire Bright Food a quant à lui croqué Weetabix, racheté au fonds Lion Capital dans une transaction valorisant le fabricant de céréales à 1,2 milliard de livres. Outre-Atlantique, le chinois Wanda négocie le rachat d’AMC, le numéro deux américain des multiplexes, là encore à des fonds. L’entrée d’un investisseur chinois dans l’industrie du cinéma aux Etats-Unis serait une première.
Carlos Slim s’était déjà intéressé par le passé au secteur des télécoms en Europe, notamment à Telecom Italia en 2007, mais s’était heurté aux protectionnismes locaux. Bright Food, lui, restait sur plusieurs échecs, dont la reprise de Yoplait, vendu à General Mills.
Les obstacles d’ordre politique à l’arrivée de ces acquéreurs émergents n’ont pas disparu. Dans le dossier KPN, l’opérateur pourrait exercer une pilule empoisonnée pour verrouiller son capital. Mais la donne a changé. La crise en zone euro a poussé certains secteurs à des niveaux de valorisation historiquement bas. Si Carlos Slim prend position en Europe, c’est qu’il juge les télécoms décotés –son offre, peu généreuse, est d’ailleurs jugée très opportuniste (L’Agefi Quotidien du 10 mai). Quant aux fonds d’investissement, ils sont sous pression pour céder leurs sociétés en portefeuille. Les LBO étant au point mort et les industriels européens prudents dans la gestion de leur cash, les offres extérieures sont d’autant plus bienvenues.
En 2012, les volumes de M&A des émergents vers des cibles d’Europe de l’Ouest et du Nord sont d’ailleurs en hausse de 16% sur un an à 26,7 milliards de dollars, contre une baisse de 132% à 7,6 milliards en direction des Etats-Unis, selon Dealogic.
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