« Les actionnaires doivent être conscients des défis de Stallergenes »

Jacques Theurillat, directeur général d’Ares Life Sciences, revient pour « L’Agefi » sur ses ambitions pour la société biopharmaceutique
Bruno de Roulhac
Jacques Theurillat, directeur général d’Ares Life Sciences, photo: dr
Jacques Theurillat, directeur général d’Ares Life Sciences, photo: dr  - 

L’Agefi: L’offre d’Ares sur Stallergenes à 59 euros par action a débuté hier, alors que l’action cote très légèrement en dessous. En quoi ce prix offert est-il attractif ?

Jacques Theurillat: Ce prix de 59 euros est juste et équitable. Comme l’a constaté l’expert indépendant Dominique Ledouble, il présente une prime de 40% par rapport aux multiples moyens d’Ebitda des comparables boursiers, 20% par rapport aux multiples des transactions comparables, et 13% par rapport à notre valorisation de Stallergenes selon la méthode de l’actualisation des flux de trésorerie (DCF). D’ailleurs, Wendel, investisseur avisé, a accepté de nous vendre sa participation à 59 euros par action.

Comment interprétez-vous certaines réserves de l’expert sur le développement aux Etats-Unis ?

En effet, les perspectives aux Etats-Unis de Stallergenes pourraient être plus modérées qu’anticipé par les investisseurs et l’expert a affirmé ne pas être «en mesure d’apprécier la valeur potentielle de l’implantation américaine, ne disposant pas d’un plan de développement». Il faut avoir en tête que le danois ALK-Bello, bien qu’associé à Merck USA, n’a toujours pas obtenu, au bout de trois ans d’efforts, l’autorisation de mettre sur le marché américain son produit Grazax, alors que Stallergenes n’y est pas encore présent.

Recommandez-vous alors aux actionnaires d’apporter leurs titres ?

Notre offre constitue une fenêtre de liquidité intéressante pour les actionnaires qui souhaiteraient sortir, et ne se représentera pas prochainement. Nous anticipons un certain nombre de défis à court et moyen terme dont les actionnaires doivent être conscients: la baisse des remboursements en Allemagne, l’accélération de la concurrence en France, le développement aux Etats-Unis, et les incertitudes concernant la saison pollinique. Stallergenes a par ailleurs annoncé mi-décembre une croissance de 5 à 7% des ventes en 2011, ce qui représente une croissance plus modérée que celle anticipée par les analystes. L’industrie pharmaceutique ne se développe pas de manière linéaire, mais ces perspectives ne nous inquiètent pas car, par essence, nous sommes actionnaires à long terme.

Vous fixez-vous un objectif de détention du capital à l’issue de l’offre ?

Non, nous n’avons pas d’objectif particulier et avons l’habitude d’investir dans des sociétés cotées. Nous détenons 46% du capital et nous verrons bien à l’issue de l’offre. Par ailleurs, nous n’envisageons pas de sortie de cote.

Quel rôle souhaitez-vous jouer au sein du conseil de Stallergenes ?

Avec quatre sièges sur dix au conseil d’administration, nous souhaitons apporter notre expérience de l’international à Stallergenes. Actuellement, le groupe réalise 60% de ses ventes en France et la quasi-totalité en Union européenne. Or le développement de Stallergenes hors d’Europe est fondamental. Notre objectif est de faire de Stallergenes un leader international dans l’immunologie allergénique. Le marché américain de l’allergie est très en retard. Il est au stade du marché français d’il y a cinq ou six ans, et doit maintenant passer de l’injection sous-cutanée au sublingual, plus efficace. En amont, Stallergenes doit faire tout un travail de pédagogie et de transition auprès des prescripteurs, mais aussi auprès des autorités réglementaires américaines (FDA) qui n’ont pas l’expérience de ces nouveaux produits et avancent avec beaucoup de prudence. Cela prendra évidemment du temps, d’où notre modération, quant aux projections souvent faites sur le développement du marché américain à court terme..

Les marchés émergents ne peuvent pas non plus être délaissés. Nous voyons une première étape de développement en Amérique latine. Les résultats satisfaisants dans l’asthme en Chine nous inciteront à y accélérer notre présence.

Comment comptez-vous y arriver ?

Stallergenes est prêt à investir dans ces pays émergents, tant en croissance organique, qu’en acquisitions, soit à 100%, soit via des coentreprises dans lesquelles elle détiendra au moins 51% du capital. Dans tous les cas, nous voulons que Stallergenes soit en mesure de contrôler ses produits et leur destinée clinique et commerciale. Ares a la capacité financière d’accompagner Stallergenes selon les opportunités qui se présenteront.

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