Les actionnaires de Renault infligent un camouflet à Carlos Ghosn
C’est une première en France. Les actionnaires de Renault, réunis vendredi en assemblée générale (AG), ont majoritairement rejeté la rémunération attribuée à son président-directeur général Carlos Ghosn au titre de l’année 2015 (lire le détail en encadré). Ils se sont prononcés contre à 54,08%, tandis que 45,88% ont voté en sa faveur et le reliquat s’est abstenu.
Cet avis n’est que consultatif, mais il oblige néanmoins le conseil d’administration à se justifier. Immédiatement après ce camouflet, le président du comité des rémunérations du constructeur – l’administrateur indépendant Patrick Thomas – a indiqué que le comité se réunirait avec le conseil d’administration « pour examiner le détail de ce vote et analyser sa signification » et qu’un communiqué serait diffusé à l’issue de cette réunion. « Sur proposition de son comité des rémunérations, le conseil d’administration de Renault a approuvé le maintien de la rémunération décidée pour le président-directeur général pour l’année 2015. [...] Le conseil d’administration a chargé le comité des rémunérations de la mission d’examiner les évolutions utiles de la structure de rémunération pour les années 2016 et suivantes », a répondu le conseil d’administration à l’issue de cette réunion, justifiant sa décision par la « qualité des résultats de l’année 2015 » de Renault, en avance de deux ans sur le plan 2016 « Drive the change ».
Renault n’a pas retenu la leçon
L’Etat, qui détient désormais 26,05% des droits de vote de Renault en vertu de l’application de la loi Florange, a voté contre la résolution, réaffirmant ainsi les positions exprimées précédemment sur les rémunérations des dirigeants des sociétés dont il est actionnaire, comme à l’occasion de l’AG du constructeur PSA.
Les administrateurs de Renault n’auront visiblement pas retenu la leçon déjà infligée par les actionnaires du groupe au losange les deux années précédentes. A l’occasion de l’assemblée de 2015, le say-on-pay sur la rémunération de Carlos Ghosn pour 2014 – qui avait bondi de 170% par rapport à l’année précédente – n’avait obtenu que 58,33% d’approbation. Lors de l’AG 2014, il avait déjà enregistré le plus mauvais score des grandes entreprises françaises, avec seulement 64% de votes favorables. L’Etat s’y était d’ailleurs opposé à l’occasion de ces deux AG.
Les conventions avec l’Etat et Nissan fortement contestées
Si l’ensemble des autres résolutions a été adopté, Carlos Ghosn a toutefois subi d’autres déconvenues, et non des moindres : les deux résolutions relatives à la convention qui régit les relations entre l’Etat et Renault et à celle entre Renault et Nissan, signées en décembre dernier après plusieurs mois de fortes tensions, ont été approuvées avec des scores relativement modestes au regard de leur importance pour l’avenir du groupe et de l’alliance Renault-Nissan et sachant que l’Etat y était favorable : la convention avec l’Etat n’a recueilli que 73,26% de suffrages, tandis que le nouvel accord avec le constructeur japonais n’a été adoptée qu’à 84,27%.
L’agence de conseil en vote en AG Proxinvest avait annoncé il y a 15 jours qu’elle s’opposerait à ces deux résolutions, les qualifiant de « hold-up » de Carlos Ghosn sur tous les leviers de commande de l’Alliance en le rendant « irrévocable ». Le paradoxe est que la convention signée avec Renault prive concrètement l’Etat de son droit de vote double sur le vote de la rémunération de Carlos Ghosn et sur le vote de l’attribution des plans d’options ou d’actions.
{"title":"Le PDG double la mise gr\u00e2ce \u00e0 Nissan»,"body":{"value":"La r\u00e9mun\u00e9ration de Carlos Ghosn chez Renault pour 2015 atteint 7,25 millions d\u2019euros (+0,49% par rapport \u00e0 2014), dont 1,74 million en num\u00e9raire. L\u2019enveloppe se compose d\u2019une part fixe (1,23 million), d\u2019une part variable (145% du fixe) et d\u2019actions de performance valoris\u00e9es 4,18 millions et attribuables sous conditions. Le dirigeant re\u00e7oit imm\u00e9diatement 25% du variable, le solde \u00e9tant converti en actions acquises en 2020.
\nMais en qualit\u00e9 de PDG de Nissan, Carlos Ghosn sera aussi fortement dot\u00e9. Pour l’exercice clos en mars 2015, il avait touch\u00e9 l'\u00e9quivalent de 8,2 millions d\u2019euros. Il a longtemps refus\u00e9 de publier la r\u00e9mun\u00e9ration per\u00e7ue du groupe japonais. Elle sera communiqu\u00e9e en juin.<\/p>\n»,"format":"light_html"}}
Plus d'articles du même thème
-
Les ventes de Stellantis poursuivent leur rebond
Les facturations du constructeur ont augmenté de 10% au deuxième trimestre, tirées par l'Amérique du Nord. -
Continental parachève son recentrage sur les pneumatiques
L’équipementier automobile allemand a signé un accord avec Lone Star en vue de lui céder sa filiale ContiTech pour un montant plancher de 4 milliards d’euros. -
Le ciel s’éclaircit pour les constructeurs américains de véhicules électriques
Les ventes trimestrielles de Tesla ont nettement dépassé les attentes, tandis que Rivian a relevé ses prévisions de livraisons pour l’ensemble de l’année.
ETF à la Une
Amundi lance un ETF sur les actions monde
- BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
- Les ambitions d’Air France-KLM sont freinées par des vents contraires
- Apple injecte 30 milliards de dollars dans des puces Broadcom conçues aux Etats-Unis
- Aria annonce une levée de fonds complémentaire de 7 millions d'euros
- Les prochains jours seront cruciaux pour la restructuration de Casino
Contenu de nos partenaires
-
Au boulot !Manpower : « Nous avons 20 000 missions d'intérim et 6 000 CDI à pourvoir »
Les entreprises continuent d'offrir des postes qui ne trouvent pas preneur. Décryptage avec Benoît Derigny, le président de ManpowerGroup France -
Peut mieux faireFace à une croissance qui ralentit, la Chine voudrait relancer la demande intérieure
Alors que le PIB chinois a enregistré son pire résultat depuis 2022, Pékin met sur la table son premier plan quinquennal consacré à la consommation -
Un monde sans assurance est une économie sans souveraineté – par Jean-François Cousin
Face à la montée des cyberattaques et des catastrophes climatiques, les PME françaises sous-assurées fragilisent l’économie locale et plongent l’Etat dans un rôle d’assureur à haut risque