Les acteurs du placement privé appellent à une standardisation du marché
Contraints de trouver de nouvelles sources de financement, de plus en plus d’émetteurs de taille moyenne ou non notés se tournent vers les placements privés en euros. Leur dette est ainsi émise au profit de quelques investisseurs qualifiés, généralement des assureurs, qui s’engagent à la détenir jusqu’à maturité. «Le marché devrait représenter à terme environ 70 milliards d’euros soit, approximativement, 5% des encours d’assurance vie en France», prédit Muriel Nahmias, consultante senior chez Bfinance qui conseille les entreprises dans la gestion de leur dette.
«Le marché des Euro PP est appelé à devenir une référence en Europe», estime également Hugues Delafon, responsable DCM corporate Europe chez Crédit Agricole CIB. Mais selon lui, «ce mode de financement manque encore d’une véritable standardisation puisqu’il utilise le procédé des émissions publiques et cotées pour faire des transactions par nature bilatérales. Sa pérennisation passe inévitablement par une évolution de la réglementation.» Outre une plus grande liquidité, cette standardisation permettrait aussi d’attirer des émetteurs ou des investisseurs étrangers, rassurés par un cadre précis, alors que le marché reste encore franco-français.
Aujourd’hui, seule la diffusion d’un prospectus d’admission à la cote permet à une obligation non notée de devenir éligible au code des assurances et donc d’être souscrite par un assureur. «La création d’une agence de notation dédiée, ou d’un comité des notations au sein de l’ACP, un peu à la façon de la NAIC américaine qui produit ses propres ratings sur les USPP, permettrait de réduire, dans certains cas, la charge en capital pour les investisseurs et dynamiserait le marché», avance par exemple Muriel Nahmias.
Compte tenu de l’absence de règles nettes et du caractère par nature privé des opérations, «ce marché concurrentiel ressemble encore un peu au Far West, avec une très forte disparité dans les conditions de financement offertes aux entreprises», regrette aussi un des intervenants sur ce marché. Depuis plusieurs semaines, les professionnels, banques ou assureurs, mènent ainsi des réflexions informelles avec les autorités de marché afin de s’entendre sur cette normalisation. Le dossier avance, reconnaît un intermédiaire, mais aucune position commune n’a encore été arrêtée entre les différents acteurs.
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