Legrand scinde la fonction de PDG dans un contexte positif
Legrand s’adapte aux évolutions de gouvernance tout en cultivant la promotion interne. Le groupe d’infrastructures électriques et numériques du bâtiment a annoncé hier la scission de la fonction de président-directeur général (PDG), ainsi que plusieurs évolutions dans son équipe dirigeante.
Nommé PDG à l’introduction en Bourse de Legrand en 2006, Gilles Schnepp, 59 ans, a confié hier la direction générale à Benoît Coquart (44 ans), jusqu’ici directeur France, avec effet immédiat. Il a de son côté été renouvelé dans ses fonctions de président du conseil d’administration. Le groupe a également annoncé le départ fin 2018 de Patrick Soudan (59 ans), directeur général adjoint chargé des opérations. Il sera remplacé par Antoine Burel (55 ans), le directeur financier, dont le poste actuel sera occupé par Franck Lemery (50 ans), aujourd’hui directeur de la performance des opérations.
«Legrand rejoint les meilleures pratiques de gouvernance : 49% des sociétés du SBF 120 ont une direction dissociée», constate Gilles Schnepp, avant d’expliquer la nécessité de cette évolution : «Le succès de Legrand accroît les missions du dirigeant, explique-t-il. Parallèlement, le conseil d’administration voit sa charge de travail augmenter. La dissociation de la fonction de PDG permet au directeur général de se consacrer pleinement à la direction de l’entreprise».
Les dirigeants promus hier ont mené quasiment toute leur carrière chez Legrand. Benoît Coquart y a débuté sa vie professionnelle. Antoine Burel et Frank Lemery ont 25 et 24 années d’ancienneté. «Ce n’est pas une stratégie, mais c’est un atout formidable pour gagner en efficacité», explique Gilles Schnepp.
Le changement de gouvernance se fait à un moment propice pour le groupe en termes de résultats, également annoncés hier. Pour 2018, Legrand vise une progression organique de ses ventes de 1% à 4% et une marge opérationnelle ajustée hors acquisitions entre 20% et 20,5% La croissance externe devrait encore jouer un rôle majeur. Les six opérations annoncées en 2017 ont eu un effet sur le périmètre de 7,8%. L’effet de ces acquisitions se prolongera cette année à hauteur de 7%, en dehors des nouvelles opérations qui pourraient être annoncées.
Les évolutions fiscales ont également des effets sur Legrand, en particulier aux Etats-Unis, dont la position de premier marché pour le groupe a été renforcée par l’acquisition majeure de Milestone en juin. La réforme américaine a provoqué une charge non récurrente de 40 millions d’euros en raison de la réévaluation d’impôts différés qu’elle provoque, mais aura un effet favorable récurrent à partir de 2018 de trois points sur le taux d’imposition du groupe. «En revanche, nous ne souffrirons pas de conséquences négatives. Legrand étant local partout où il se trouve, il n’est pas concerné par le rapatriement de trésorerie aux Etats-Unis. Peu endetté, il n’est pas pénalisé par un excès de levier fiscal», détaille Antoine Burel. La réforme française devrait, lorsqu’elle sera totalement effective, réduire d’un point le taux d’imposition du groupe.
Legrand ne s’inquiète pas du fait que S&P Global Ratings a placé sa note de crédit (A-) sous surveillance négative après l’acquisition de l’américain Milestone. «Le conseil d’administration demande au groupe de rester investment grade pour conserver un accès facile à la liquidité. Si une opportunité d’acquisition se présente, l’éventuelle perte de la note A- ne nous bloquera pas», explique Antoine Burel. Fin 2017, Legrand affichait un ratio dette nette/Ebitda de 1,8. Il a profité de la faiblesse des taux pour refinancer 1,4 milliard d’euros . Sa dette brute présente une maturité moyenne de plus de six ans, entièrement à taux fixe. «Nous sommes protégés contre une remontée des taux», assure le directeur financier.
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