Le sauvetage d’Areva comporte encore d’importantes zones d’ombres
Depuis l’arbitrage rendu mercredi par la présidence de la République, le sauvetage d’Areva est arrêté dans ses grandes lignes. Reste à en déterminer les modalités financières. Le gouvernement s’est donné un mois pour finaliser les principes du dossier. Mais vu son ampleur, le chantier, le plus périlleux depuis le sauvetage du Crédit Lyonnais, devrait encore durer des mois.
Selon les calculs des analystes de Natixis, le groupe de nucléaire doit trouver entre 5 et 5,5 milliards d’euros d’ici à 2017 simplement pour couvrir sa consommation de trésorerie et ses tombées obligataires. A cela s’ajoutent plusieurs centaines de millions d’euros de charges additionnelles, dont celles induites par le plan de départs volontaires (5.000 à 6.000 postes au niveau mondial). Avec tous ces coûts mis bout-à-bout, Natixis trouve entre 6,5 et 8 milliards d’euros de besoins globaux pour Areva. Une partie de la somme sera comblée par le transfert de la division réacteurs, Areva NP, à EDF et par la mise en commun de leur ingénierie dans ce domaine. Le producteur d’électricité détiendra la majorité du capital d’Areva NP. Mais la valorisation de l’activité fait l’objet de vives discussions entre les deux groupes. «Compte tenu de ses performances financières passées, pénalisées par des éléments non opérationnels et non récurrents», notamment les provisions du chantier de l’EPR finlandais (4,6 milliards d’euros de provisions au total à lui seul), «Areva NP est difficile à valoriser», rappellent les analystes de Bryan Garnier. L’activité réacteurs n’a pas dégagé de résultat opérationnel positif depuis 2005. Au mieux, Natixis valorise Areva NP, avec les services, à 3,3 milliards d’euros. Sa valeur est de 2,7 milliards dans les comptes d’Areva.
Pour EDF, le schéma est relativement indolore financièrement. La reprise d’Areva NP augmenterait le ratio de dette nette sur Ebitda du producteur d’électricité de 2,3 à 2,4 fois, calcule Bryan Garnier. Si besoin, ajoute Natixis, la cession de 25% du capital de RTE, le réseau de transport de l’électricité en France, rapporterait 2,1 milliards d’euros à EDF. En revanche, la question du contingentement des passifs est cruciale pour EDF. Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, a été clair sur ce point en demandant publiquement des «garanties pour qu’EDF ne soit pas exposé aux risques liés au passé d’Areva, notamment en Finlande», le groupe n’ayant pas envie de payer pour les erreurs passées de l'équipementier.
Initialement, EDF n’était pas demandeur pour voler au secours d’Areva, avec lequel les relations clients-fournisseurs ont parfois été houleuses. Mais l’électricien a peut-être tout à y gagner. Si Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, a assuré hier qu’il «n’y a pas de lien entre cette opération (Areva-EDF) et les tarifs de l'électricité», le groupe pourrait monnayer une compensation en obtenant de l’Etat la hausse tant attendue de ses prix en France. Une hausse de 2 euros de la base des «tarifs bleus» aux particuliers et petits professionnels augmenterait mécaniquement de 300 à 350 millions d’euros l’Ebitda annuel d’EDF.
Toutefois, la seule reprise d’Areva NP par EDF ne suffira pas. BofA Merrill Lynch note qu’un transfert des réacteurs pour une valeur de 2 milliards d’euros laisserait le ratio de levier d’Areva à près de 11 fois. Selon les estimations des différents analystes, il faudrait donc encore à trouver entre 3 et 5 milliards d’euros. En plus des cessions d’actifs déjà promises par la direction d’Areva, l’ouverture du capital des autres activités, mines (valorisées 3,9 milliards d’euros par la Société Générale) et aval (1,6 milliard), pourrait devenir inévitable. Vu sa fragilité, Areva croule sous les sollicitations, aussi bien de la part d’industriels français (Engie, Veolia, Vinci…) ou étrangers (CNCC, CGN) que de nombreux fonds d’investissements prêts à reprendre des actifs annexes (logistique, transport, mesure de la radioactivité, médical…). Démenti par le gouvernement, le schéma ressemblerait bien à un démantèlement.
Enfin, pour faire la soudure et doter Areva nouvelle formule du bilan dont a besoin un industriel de son calibre pour rassurer ses clients, l’Etat s’est engagé à procéder à une augmentation de capital «à la hauteur nécessaire». Le groupe avait des fonds propres consolidés négatifs de 673 millions d’euros fin 2014 pour 5,8 milliards de dette. Le gouvernement a promis d’agir en «investisseur avisé», notamment pour rassurer les services de la Commission européenne sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une aide d’Etat.
L’entrée d’un nouvel actionnaire, en plus du fonds souverain koweitien présent depuis 2011 au capital, permettrait d’obtenir un prix de marché, à l’image du schéma monté chez Peugeot avec Dongfeng. Philippe Varin, le président du directoire du constructeur automobile, avait mené les discussions. Il est aujourd’hui à la tête d’Areva.
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