Le risque émergent revient en force pour les groupes européens
A trop chercher la croissance dans les pays émergents, les groupes occidentaux ont parfois oublié les risques et l’instabilité propres à ces marchés. L’accélération de la fuite des capitaux de l’Inde, de l’Indonésie, du Brésil ou de la Turquie est en train les rappeler à l’ordre. La dépréciation de ces monnaies, qui atteint pour certaines près de 20% depuis le début de l’année, va se faire sentir au moment de la conversion en euros des comptes.
Selon Morgan Stanley, les groupes européens tirent 33% de leurs revenus annuels dans les émergents. La proportion a été multipliée par 2,8 en 10 ans, indiquent les analystes. En comparaison, l’exposition des européens aux Etats-Unis s'élève à 18%. Certains pays comme la Norvège, l’Autriche et l’Espagne réalisent même plus de 40% de leurs chiffres d’affaires dans les pays émergents. Les sociétés espagnoles dépendent ainsi à 29% de l’Amérique latine.
L’exposition des entreprises françaises aux pays émergents tourne autour de la moyenne européenne (32%). Mais certaines d’entre elles ont un biais plus marqué. CGG réalise selon Morgan Stanley 67% de ses revenus dans les pays émergents, dont 22% en Asie et autant en Amérique latine. Chez Casino, la proportion atteint 62%, dont près de 50% rien que sur le continent sud-américain avec le distributeur brésilien GPA. La dévalorisation du réal a déjà commencé à se faire sentir au premier semestre. Sans celle-ci, Casino aurait généré, en euros, 10% de chiffre d’affaires de plus au Brésil. L’effet change a amputé l’Ebitda du distributeur de 7,2%, soit 72 millions d’euros.
Autre groupe très présent au Brésil: Edenred. Pour le spécialiste des tickets repas, également victime de la dévaluation au Vénézuela, l’effet de change négatif a représenté 374 millions d’euros sur les volumes d'émissions au premier semestre et a coûté près de 5 points de croissance du chiffre d’affaires. L’écart a amputé de 12 millions d’euros le résultat d’exploitation.
Passé ce premier effet, les groupes fortement présents dans les émergents subiront le contrecoup du ralentissement de la croissance de ces économies, ajoute Natixis. Selon les économistes, l’affaiblissement de la croissance industrielle de ces pays «n’est pas dû à des causes cycliques mais à des causes structurelles profondes»: forte dépendance à l’Europe de l’Ouest (Turquie) ou aux matières premières (Russie) et dégradation de leur compétitivité en raison de la hausse de leurs coûts salariaux (Brésil).
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