Le rêve américain de Carlos Tavares lui coûte son poste chez Renault
Pour ses 55 ans, Carlos Tavares s'était offert un coup d'éclat médiatique. Dans un entretien à Bloomberg publié le 14 août, le numéro deux de Renault s’estimait prêt pour prendre la tête d’un géant mondial de l’automobile. «Mon expérience devrait être bonne pour toute marque automobile, pourquoi pas General Motors? Je serais honoré de diriger une société comme GM», expliquait-il, sachant le numéro un, Carlos Ghosn, indéboulonnable et promis à un nouveau mandat de quatre ans au printemps 2014. Avec cette déclaration, le directeur général délégué aux opérations s’est mis hors-jeu.
De retour de congés lundi, Carlos Ghosn a pris sans tarder la décision de débarquer son lieutenant. «D’un commun accord avec Renault, Carlos Tavares cesse à compter de ce jour d’exercer ses fonctions de directeur général délégué aux opérations de Renault, afin de poursuivre des projets personnels», souligne un communiqué du groupe diffusé hier à l’issue d’un conseil d’administration exceptionnel. Ses fonctions sont reprises par Carlos Ghosn lui-même, en attendant «une adaptation de l’organisation visant à renforcer les performances industrielles et commerciales» de Renault.
Après plus de trente ans au sein de l’alliance Renault-Nissan, Carlos Tavares peut-il espérer rejoindre un acteur américain? General Motors a restructuré la rémunération de son PDG, Dan Akerson, âgé de 64 ans, afin de prendre en compte la possibilité qu’il parte d’ici à trois ans, mais plusieurs candidats sérieux se bousculent en interne, dont le président des activités américaines Mark Reuss et Mary Barra, en charge du développement. Le groupe ne commente pas le départ de Carlos Tavares. Du côté de Ford, on réaffirme que la préférence du groupe va toujours à la promotion interne pour remplacer Alan Mulally, 68 ans.
Pour Renault, la difficulté consistera à remplacer un fin connaisseur du monde automobile au moment où le groupe tente de redresser sa rentabilité. L’une des avancées obtenues par Carlos Tavares, qui avait remplacé Patrick Pelata en 2011 à la suite de l’affaire d’espionnage interne, aura été l’accord de compétitivité dans les usines françaises signé avec les syndicats après six mois de négociations. Il n’aura en revanche pas réussi à contenir sa frustration individuelle, lui qui déclarait en avril dernier sur les ondes de BFM: «Chaque fois que Renault est aligné sur un objectif, chaque fois que Renault joue collectif, Renault gagne.»
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