Le Rafale apporte un bol d’air à l’industrie
Inespéré. Après de multiples échecs, Dassault Aviation va enfin vendre son avion de combat Rafale à l’étranger. L’Inde a «sélectionné» l’appareil et ouvert des négociations exclusives pour acheter 126 chasseurs. Le contrat, encore en cours de négociations, devrait être signé dans les prochaines semaines. Son montant pourrait atteindre 11 milliards d’euros. De quoi susciter de nombreuses félicitations industrielles mais aussi politiques. Depuis son lancement il y a vingt ans, le programme Rafale a coûté 43,56 milliards à l’Etat.
L’Armée française était la seule jusqu’à présent à avoir commandé des avions Rafale à Dassault Aviation. Dans son rapport de novembre 2011 sur le projet de loi de Finances pour 2012, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat avait relevé le coût du Rafale pour les finances publiques. «Le coût total du programme, actualisé aux prix de 2011, est de 43,56 milliards d’euros pour l’Etat avec le développement», indiquaient les sénateurs Xavier Pintat et Daniel Reiner, contre 40,7 milliards lors de la précédente évaluation. Le prix unitaire d’un Rafale payé par la France s’élève ainsi à 152 millions d’euros, pour les 286 appareils vendus, en hausse de 10 millions d’euros.
A ce prix, les 126 exemplaires commandés par l’armée indienne vaudraient 19 milliards d’euros, ce qui tend à confirmer que Dassault Aviation ait dû consentir un important effort financier pour remporter son premier succès à l’exportation, en plus des économies d’échelle qu’il pourra générer. Des sources gouvernementales indiennes ont expliqué que le Rafale était moins cher que l’autre candidat à l’appel d’offres, le Typhoon du consortium Eurofighter (EADS, BAE Systems et Finmeccanica), et que ce critère lui avait permis de décrocher ces fameuses négociations exclusives qui, à moins d’un coup de théâtre, devraient aboutir à un contrat en bon et due forme.
Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a précisé que les discussions porteraient sur des transferts de technologie, évoquant l’hypothèse de chaînes de construction du Rafale en Inde pour ce contrat qui portera «vraisemblablement» sur une dizaine d’années.
«C’est une très, très, très bonne nouvelle, pas simplement pour la société Dassault mais pour l’ensemble de l’industrie aéronautique française», s’est réjoui Olivier Dassault, fils de Serge Dassault, et président du conseil de surveillance du groupe familial. Hier, le cours de l’action Dassault Aviation, certes peu liquide, a bondi de 18,46% pour porter à 7,34 milliards d’euros la capitalisation du groupe détenu à 50,55% par le Groupe Industriel Marcel Dassault. Oddo Securities évalue le gain du contrat indien à 24,3 euros par action Dassault Aviation, soit 246 millions d’euros de capitalisation.
Les équipementiers en profitent également par ricochet: toujours selon Oddo, l’effet positif s’élèverait à 121 millions d’euros pour Thales, à 125 millions d’euros pour Safran.
Ce contrat devrait apporter un peu d’air au commerce extérieur français à la peine depuis 2002. Sur les douze derniers mois, le déficit atteint 70 milliards d’euros. Il devrait également alimenter l’activité de la filière aéronautique française, déjà premier secteur exportateur français, avec 18 milliards d’euros de contribution positive en 2010. Selon le Gifas, le syndicat des industriels de l’aéronautique, la filière employait 157.000 salariés en 2010, 8.000 de plus qu’en 2009.
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