Le projet de fusion entre EADS et BAE n’a jamais été autant menacé
Le projet de rapprochement entre EADS et BAE bat de plus en plus de l’aile. En plus des réticences des différents Etats concernés par le projet - France, Allemagne et Grande-Bretagne -, Lagardère, le deuxième actionnaire privé d’EADS, a clairement affirmé son opposition aux conditions proposées par les groupes d’aéronautique et de défense. «Insatisfaisantes», tranche-t-il.
La société dirigée par Arnaud Lagardère va jusqu’à douter de l’intérêt de l’opération: «ce projet, en dépit du potentiel industriel et stratégique qui lui est prêté, n’a pas démontré à ce jour qu’il était créateur de valeur pour EADS.» Lagardère demande un «indispensable réexamen du projet». En clair, un ajustement du rapport de fusion, fixé à 60-40 en faveur des actionnaires d’EADS, ratio qui ne reflète pas selon plusieurs analystes la distribution des forces économiques des deux partenaires.
Actionnaire fondateur d’EADS - Arnaud Lagardère préside depuis mai 2012 le conseil d’administration du groupe d’aéronautique - la société de communication défend ses intérêts financiers. Elle détient, via la holding Sogeade contrôlée conjointement avec l’Etat français, 7,45% du capital d’EADS. Cette participation représente à elle seule la moitié de la capitalisation boursière de Lagardère. Depuis la divulgation du projet de rapprochement le 12 septembre, et la chute de 16% du cours de l’action EADS, la capitalisation de Lagardère a fondu de 3%.
Si l’opération aboutissait selon le ratio envisagé, Lagardère détiendrait un peu moins de 5% du nouvel ensemble. Avec la chute des cours de Bourse, et selon la capitalisation boursière théorique du groupe EADS-BAE, cette participation vaudrait un peu moins de 1,7 milliard d’euros, soit quasiment ce que valaient les seuls 7,45% dans EADS avant l’annonce du projet.
En 2014, la part de 5% dans le nouveau groupe pourrait valoir 2,6 milliards d’euros, sur la base de la valeur estimée par Exane BNP Paribas, sans prendre en compte d’éventuelles synergies. Mais cette estimation suppose la réussite de la fusion. En plus des obstacles liés à tout rapprochement transfrontalier, une grande partie de la création de valeur potentielle tient à l’attitude du département américain de la Défense. Or, jusqu’à présent, celui-ci n’a apporté aucune garantie sur son éventuel engagement commercial vis-à-vis d’un groupe qui viendrait rivaliser frontalement avec Boeing.
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