Le plafonnement des rémunérations agite aussi les entreprises privées
En annonçant la semaine dernière que le plafonnement des rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques est «une mesure en cours de préparation», envisagée «pour que ça se fasse vite», le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’est voulu plus agressif que Michel Sapin, qui estimait, avant sa nomination au ministère du Travail, «rare» de baisser les salaires «en cours de contrat».
Pour autant, Matignon comme Bercy n’étaient pas joignables hier pour préciser le périmètre de cette mesure. «J’imposerai aux dirigeants des entreprises publiques un écart maximal de rémunérations de 1 à 20», précise seulement l’engagement n°26 du candidat Hollande. Qu’entend-on par entreprises publiques? Selon la définition de l’Insee, sont concernées les entreprises dont l’Etat dispose soit de la majorité du capital, soit de la majorité des voix. Ce qui inclut parmi les sociétés cotées EDF, Areva, et Aéroports de Paris, mais exclut notamment GDF-Suez, EADS, France Télécom, Renault et Thales.
En outre, quel périmètre faut-il prendre en compte? Le salaire fixe ou la rémunération totale? Et le salaire de référence doit-il comprendre participation et intéressement? Beaucoup d’interrogations qui nécessitent des réponses.
En attendant, «cette question du plafond de la rémunération soulève beaucoup de questions lors des assemblées générales, confie une habituée des AG. Les entreprises privées y réfléchissent aussi». D’autant que le commissaire européen Michel Barnier propose aussi de fixer une barre dans les banques.
Les actionnaires veulent avant tout avoir les meilleurs dirigeants. «Les auront-ils avec la règle du 1 pour 20?», s’interroge un spécialiste de la gouvernance, particulièrement regardant pour les rémunérations totales supérieures à 3 millions d’euros dans les midcaps et à 10 millions pour les grandes entreprises. Les rémunérations élevées, dans le privé comme dans le public, «ne nous posent pas de problèmes, à partir du moment où elles sont transparentes et liées à la performance, économique et boursière, de l’entreprise», poursuit ce spécialiste de la gouvernance.
Pour sa part, Proxinvest parle d’un multiple de 240 fois le Smic, tandis que l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp) entend ne pas investir dans des sociétés où les patrons sont payés plus de 100 fois le Smic, soit 1,68 million d’euros pour 2012.
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