Le mariage entre Alstom et Siemens est sur les rails
A moins d’un blocage de dernière minute, Alstom et la division ferroviaire de Siemens vont se marier. Les deux groupes ont confirmé vendredi soir la tenue de discussions. Un conseil d’administration du groupe français doit se réunir mardi soir. L’opération serait annoncée le lendemain matin. Structure financière et gouvernance, les grandes lignes du projet sont arrêtées, et le projet est vu d’un bon oeil politique, aussi bien en France qu’en Allemagne.
Siemens apportera à Alstom sa division ferroviaire, baptisée Siemens Mobility, qui comprend du matériel roulant et de la signalétique. Il recevra en contrepartie des actions Alstom émises via une augmentation de capital. Compte tenu de la valorisation de ses actifs, estimés à 7,8 milliards d’euros par les analystes de Barclays sur la base d’un multiple de 11 fois le résultat d’exploitation, et de la capitalisation d’Alstom (7,27 milliards d’euros vendredi soir), Siemens pourrait prétendre à détenir au moins 50% du capital du groupe. Bouygues, premier actionnaire d’Alstom avec un peu moins de 30% du capital, dont 20% sont prêtés à l’Etat français, descendrait à 15%. La valorisation des options de vente détenues par Alstom sur les coentreprises créées avec General Electric lors de la cession des actifs énergétiques ferait redescendre le poids de Siemens à 41%, calculait récemment Barclays. La valeur d’entreprise du groupe fusionné approcherait les 13 milliards d’euros.
La prépondérance de Siemens au capital du nouvel ensemble, après le passage de Lafarge en Suisse chez Holcim, d’Alcatel en Finlande avec Nokia ou de Technip à Londres avec FMC, ne semble pas constituer de point de bocage pour l’Etat français. La question de voir Siemens passer ou non au-dessus de 50% «n’est pas d’une importance démesurée», a assuré à Reuters une source gouvernementale. L’Etat français s’inquiétait de voir Siemens se rapprocher du canadien Bombardier, ce qui aurait marginalisé Alstom sur un marché du ferroviaire dominé par le chinois CRCC qui plus est au moment où celui-ci s’apprête à entrer en Europe grâce à l’acquisition du tchèque Skoda Transportation. Selon les analystes de JPMorgan, un rapprochement entre Siemens et Alstom conviendrait mieux d’un point de vue industriel qu’un rapprochement avec Bombardier, en mauvaise posture financière.
La gouvernance serait également équilibrée entre deux camps qui ont longtemps entretenu des relations conflictuelles, exacerbées par l’épisode de la tentative d’acquisition d’Alstom par Siemens en 2014 face à GE. Henri Poupart-Lafarge, le PDG d’Alstom, dont les relations avec Joe Kaeser, le président du directoire de Siemens, seraient apaisées, garderait les commandes du nouveau groupe. Celui-ci aurait son siège en France et serait coté à la Bourse de Paris. Un pacte fixerait également les positions au capital pour les prochaines années. Des engagements sur l’emploi en France seront nécessaires pour obtenir l’approbation de l’Etat. Alstom emploie environ 8.500 personnes en France et plus de 2.500 en Allemagne Siemens Mobility compte 6.500 employés.
En 2014, pour contrer la proposition de GE, Siemens avait proposé à Alstom une alliance dans le ferroviaire. Mais son offre ne comprenait pas la signalétique. Cette fois, en intégrant matériel roulant et signalétique, l’opération serait plus intéressante pour le français. Ces derniers mois, Henri Poupart-Lafarge aimait rappeler que si les économies d’échelle étaient si évidentes dans le matériel roulant, le secteur ne compterait pas autant d’acteurs. En revanche, il expliquait que compte tenu des coûts de R&D dans ce domaine, un rapprochement dans la signalétique permettrait de générer plus facilement des synergies.
Alstom est conseillé par Rothschild. Siemens travaille avec BNP Paribas.
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