Le mariage de Lafarge et Holcim devra passer l’obstacle antitrust

Apprécié vendredi par le marché, le projet de fusion entre égaux des deux cimentiers devrait les obliger à d’importantes concessions
Alexandre Garabedian

Changement d’ère pour le secteur des matériaux de construction. En confirmant vendredi être «en discussions avancées» pour une fusion entre égaux, le français Lafarge et le suisse Holcim vont créer le premier cimentier mondial. Au-delà de l’effet taille, ils mettent en avant l’alliance de leurs capacités de recherche face à la concurrence de produits à moindre valeur ajoutée fabriqués dans les émergents. Un projet rendu possible par les efforts de désendettement et de recentrage réalisés depuis cinq ans, après des acquisitions, telles Orascom, réalisées au plus haut du cycle économique en 2008.

Les conseils des deux groupes ont approuvé samedi le principe d’une fusion, qui passerait par une offre publique d'échange d’Holcim sur Lafarge, conseillé par Rothschild et Zaoui & Co. Le nouvel ensemble aurait son siège social en Suisse. Les deux groupes doivent préciser ce matin le calendrier de l’opération.

Holcim a un léger avantage en taille. Lafarge a réalisé 15,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, contre 19,7 milliards de francs suisses (16,1 milliards d’euros) pour son concurrent. En Bourse, le français vaut 18,4 milliards d’euros et se paie 20,2 fois ses résultats estimés 2014, contre 21,5 milliards d’euros et un PER de 18,3 fois pour Holcim. Ce dernier est deux fois plus gros en Asie (36% de ses ventes) et trois fois plus en Amérique Latine (16,5%), tandis que le français est davantage présent en Afrique et au Moyen-Orient grâce à Orascom (26,8% de ses ventes).

Les investisseurs ont accueilli vendredi le projet avec des hausses respectives de 8,9% et 6,9% des actions. Lafarge et Holcim. Côté crédit, le nouvel ensemble pourrait rester en catégorie investissement, à BBB (la note actuelle du suisse) ou BBB-, estimait l’analyste de MUFJ. Ce qui explique la baisse de 60 pb du CDS de Lafarge, dont la dette est encore d’un cran en catégorie high yield.

Mais la taille de l’opération devrait faire tiquer les autorités de la concurrence. Le futur groupe aurait des positions dominantes dans des marchés comme la France (dont Lafarge revendique à lui seul 34% dans le ciment), la Grande-Bretagne ou le Canada. Bruxelles veille déjà au grain: Holcim et Cemex ont dû lui apporter fin mars des concessions alors que le suisse compte vendre au cimentier mexicain ses actifs espagnols. Outre-Manche, l’antitrust britannique avait imposé d’importantes cessions à Lafarge et Anglo-American pour approuver leur coentreprise.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

ETF à la Une

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...