Le marché accepte la montée passive de Bolloré au capital d’Havas
Les offres publiques de rachat d’actions (OPRA) ne profitent-elles pas d’abord aux actionnaires de référence ? En annonçant vendredi une offre de rachat de 12% de son capital, Havas va permettre à son premier actionnaire, Vincent Bolloré, de passer de 32,8% du capital et des droits de vote à 37,3%, sans verser un centime. Ce dernier a déjà annoncé qu’il ne participerait pas à l’opération. L’AMF lui a accordé sans difficulté la dérogation à l’obligation de déposer un projet d’OPA au titre du franchissement du tiers du capital et des droits de vote (clause de grand-père).
«Si l’actionnaire relué par l’opération de rachat d’actions, bénéficiait auparavant d’un contrôle de fait, sa situation ne change pas et n’est donc pas choquante», explique Anne Maréchal, avocat associé chez DLA Piper et vice-présidente de l’Association d’avocats en droit boursier (ADB). Un avis partagé par Colette Neuville, présidente de l’Adam.
En revanche, «si le contrôle basculait, il en serait autrement. En effet, l’actionnaire doit payer la prise de contrôle dans le cadre normal d’une offre publique», ajoute Anne Maréchal. «Cette OPRA constitue finalement une sorte de garantie de cours, explique Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest. Cette opération peut ici se justifier, avec un principe d’égalité maintenu, et un prix offert jamais atteint depuis 2005». Havas offre 4,9 euros par action, soit une prime de 20% sur le dernier cours.
Plus largement l’OPRA soulève la question de la motivation. . «Le rachat d’actions peut être le signe d’une absence d’opportunités d’investissements ou être motivé par la volonté de soutenir le cours de Bourse. La hausse du cours pourrait aussi permettre une acquisition par échange de titres à moindre coût», poursuit Anne Maréchal. Pour sa part, Proxinvest rappelle une nouvelle fois que «le rachat d’actions n’est pas une distribution aux actionnaires mais un investissement technique parfois relutif, parfois dilutif ».
D’ailleurs, l’opération n’est pas toujours gagnante. Si l’OPRA de Bouygues de l’automne dernier, à 20 euros, a été sursouscrite près de quatre fois, le cours actuel est toujours à son niveau de fin août, légèrement au-dessus de 23 euros. En outre, «l’OPRA va entraîner mécaniquement une réduction du flottant, et donc de l’actionnariat. Une tendance un peu mortifère, qui signifierait que plus personne ne croit au marché d’actions», regrette Pierre-Henri Leroy.
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