Le distributeur américain Supervalu cherche à éviter un démantèlement

Des repreneurs potentiels, tels Cerberus Capital ou Ahold, cibleraient des actifs bien définis pour ne pas racheter un groupe très endetté
Yves-Marc Le Reour

A la recherche d’un repreneur, Supervalu a du mal à attirer des candidats prêts à lui faire une offre globale. Le troisième distributeur alimentaire américain, qui a engagé en juillet Goldman Sachs et Greenhill pour le conseiller, fait en effet face à des investisseurs privilégiant le rachat de certaines activités bien ciblées, selon Bloomberg qui se réfère à des sources proches du dossier.

Le fonds de capital-investissement Cerberus Capital serait ainsi intéressé par les 453 magasins Albertsons, tandis que le distributeur néerlandais Ahold viserait la chaîne Shoppers, présente dans le Maryland et la Virginie. Supervalu présente en effet la particularité d’exploiter des chaînes de magasins dont les enseignes sont régionales avec des formats très divers. Sur un total de 4.400 unités, on trouve 1.100 magasins traditionnels incluant 800 pharmacies, près de 1.350 unités de maxi-discompte, dont 70% sont des franchisés, sans oublier 1.950 magasins indépendants dont l’approvisionnement se fait auprès du groupe.

«L’enseigne Jewel à Chicago est très différente de Save-A-Lot ou d’Albertsons présent dans le Sud de la Californie», explique Charles Cerankosky, analyste chez Northcoast Research Holdings, en ajoutant que «le scénario le plus probable, contrairement aux souhaits de la direction ou du conseil d’administration, est celui d’un démantèlement».

L’enseigne de maxi-discompte Save-A-Lot semble être la plus intéressante puisqu’elle pourrait valoir près de 2 milliards de dollars, selon les calculs de Deborah Weinswig, analyste chez Citigroup. Valorisée plus de 800 millions de dollars, sa plate-forme de distribution (environ 23% du chiffre d’affaires) «pourrait attirer un acheteur européen comme Delhaize qui voudrait diversifier ses activités en Amérique du Nord», estime pour sa part David Dietze, président de Point View Wealth Management.

Une reprise globale est envisageable par un fonds de private equity qui garderait certains actifs et en cèderait d’autres, mais ceci conduirait à un montage plus compliqué «car ce repreneur devrait alors trouver des tierces parties intéressées tout en respectant la confidentialité des négociations avec Supervalu», juge l’un des connaisseurs du dossier. En outre, si le distributeur a perdu 95% de sa valeur boursière en cinq ans avec une capitalisation actuelle proche de 500 millions de dollars, son passif inclut 6 milliards de dettes et un milliard d’engagements de retraite.

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