Le départ du PDG de Telecom Italia promet un revirement stratégique
Le secteur européen des télécoms traverse une violente mutation. Le président de Telecom Italia vient d’en faire les frais. Franco Bernabe, qui présidait aux destinées de l’opérateur historique italien depuis décembre 2007, a démissionné lors d’un conseil d’administration tenu hier. Arrivé chez Telecom Italia, en provenance d’Eni, autre fleuron de l’industrie italienne, Franco Bernabe part sur un bilan peu flatteur. Le cours de Bourse de l’opérateur a chuté de 70% sous sa direction, faisant perdre plus de 30 milliards de capitalisation boursière au groupe.
La crise en Europe et en Italie n’a évidemment pas aidé. Mais dans le même temps, l’indice de la Bourse de Milan et l’indice Stoxx des groupes de télécoms de la zone euro n’ont plié «que» de 50%. Surtout, la situation financière de l’opérateur s’est fortement détériorée, avec une glissade de trois crans de sa notation de crédit chez S&P et Moody’s en six ans, juste au-dessus de la catégorie «spéculative». Menacé de nouvelle dégradation, Telecom Italia n’a jamais été relégué en «junk» depuis le début de sa notation. Le groupe porte 26,7 milliards d’euros de dette nette.
Annoncée depuis quelques jours, la démission de Franco Bernabe marque un désaccord profond entre la direction et le nouvel actionnaire fort, Telefonica. La semaine dernière, l’opérateur espagnol a renforcé son emprise sur Telecom Italia en s’assurant le contrôle de Telco, sa holding de tête qui détient 22,4% du capital du groupe italien. Deux augmentations de capital, non suivies par les actionnaires financiers (Mediobanca, Intesa et Generali), lui permettront de monter jusqu’à 70% dans Telco, contre 46% aujourd’hui. Il bénéficiera d’une option d’achat sur le solde des actions Telco à partir du 1er janvier 2014.
Lui-même fortement endetté, et afin de protéger sa position au tour de table, Telefonica ne pouvait soutenir l’idée de l’augmentation de capital pure et simple prônée par Franco Bernabe. Le groupe espagnol privilégie la piste des cessions d’actifs pour lever la pression sur la dette. La filiale brésilienne de Telecom Italia fait figure de premier actif à vendre, Telefonica étant déjà lui-même présent dans ce pays avec une part de marché relativement proche. La filiale argentine serait également sur la sellette. Une cure d’amaigrissement mal vue en Italie alors que Telefonica n’a pas eu à lancer d’OPA pour prendre le contrôle de Telecom Italia.
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