Le Covid met au défi la stratégie de Sanofi
Accroître l’efficacité opérationnelle en réduisant les coûts peut être mal perçu, encore plus pour un groupe pharmaceutique. Surtout quand le portefeuille de produits en développement (pipeline) soulève doutes et critiques. Ce qui est le cas pour Sanofi depuis que le laboratoire a annoncé que son vaccin contre le Covid-19 accuserait du retard et ne serait pas disponible avant le quatrième trimestre de 2021, alors que plusieurs de ses concurrents, comme Pfizer, engrangent déjà du chiffre d’affaires.
Pour Sanofi, l’enjeu stratégique consiste à atteindre des objectifs financiers, élevés, tout en convainquant qu’ils peuvent servir sa recherche et sa croissance future.
L’entreprise dirigée depuis septembre 2019 par Paul Hudson est sur la bonne trajectoire sur le premier point. A l’occasion vendredi du second capital market day (journée investisseurs) de l’histoire du groupe et de la publication de ses résultats 2020, Sanofi a confirmé son objectif de porter sa marge bénéficiaire à 30% d’ici 2022 et de dépasser 32% d’ici 2025, grâce à un très bon contrôle des coûts.
Le fait que Sanofi ait réalisé environ 1,7 milliard d’euros d'économies en 2020, soit environ 85% de l’objectif de 2022, est ainsi jugé «intéressant» par le bureau d’analyse indépendant AlphaValue.
Effets positifs sur la marge
Ces économies se sont répercutées positivement sur les comptes. Un an après le démarrage du programme d’efficience opérationnelle de l’entreprise, Oddo BHF met «en exergue» l’amélioration de la marge opérationnelle des activités, passée de 25,9% en 2019 à 27,1% en 2020. Pour 2021, la prévision d’une croissance du bénéfice par action autour de 7 à 9% à taux de change constant, mais contrebalancée par un fort impact devises estimé entre 4,5 et 5,5%, «peut être considérée comme prudente», note Oddo-BHF.
En revanche, du côté de l’agenda clinique, 2021 restera relativement peu étoffée. Alors que douze projets en médecine de spécialités du portefeuille de R&D sont entrés en phase 3 en 2020, le catalyseur le plus significatif à venir sur le plan de la recherche clinique sera «probablement les données de la phase 3 du traitement expérimental BIVV001 contre l’hémophilie de type A», estime UBS. Les données de l'étude en cours n'étant pas attendues avant le second semestre 2021, le marché devra à court terme se focaliser sur des études moins avancées.
Des données sur le traitement Amcenestrant en seconde et troisième ligne du cancer du sein métastatique sont ainsi attendues au premier semestre 2021. Pour venir épauler son blockbuster Dupixent, dont les ventes se sont envolées de 73,9% à 3,53 milliards d’euros en 2020, Sanofi espère pouvoir aussi compter sur le fitusiran (hémophilie) ou le venglustat (maladie génétique rénale), mais pas avant 2022.
Leviers de croissance et de rentabilité
La rigueur financière dont le groupe fait preuve doit lui permettre de préparer l’avenir. En portant à 2,5 milliards d’euros son objectif d'économies en 2022, contre 2 milliards d’euros initialement prévu, le groupe compte investir 500 millions d’euros supplémentaires pour stimuler la croissance du chiffre d’affaires et financer le pipeline. Ce qui pourrait passer par la poursuite de la stratégie d’acquisition de petites et moyennes entreprises de biotechnologie. Paul Hudson a souligné qu’une grosse acquisition n'était pas nécessaire.
A côté des activités de médecine spécialisée, la Médecine Générale et la Santé Grand Public sont également partie prenante de la stratégie. La réorganisation dont ces entités commerciales font l’objet «leur permettra de devenir des leviers encore plus importants de la croissance et de la rentabilité de Sanofi», a rappelé Paul Hudson. En particulier, le groupe fonde de gros espoirs sur la perspective du passage des médicaments Cialis et de l’antigrippal Tamiflu sur le marché de l’automédication, mais pas avant 2023 et 2026 respectivement pour les deux produits.
Espoirs sur le vaccin
En portant ses fruits, la stratégie d’investissement du groupe sur les priorités qu’il a choisies devrait l’aider à réduire progressivement sa décote de valorisation. Sanofi affiche l’un des ratios de «price/earnings to growth» (PEG) «parmi les plus attractifs du secteur», souligne Oddo BHF, tandis que le consensus vise en moyenne un objectif de 99,9 euros, contre un cours 80,5 euros.
En attendant, le Covid-19 devrait continuer d’occuper le devant de l’actualité sanitaire. Le retard pris par Sanofi dans le développement d’un vaccin ne l’a pas mis hors course. Attendues au second semestre, les données de ses deux projets de vaccin en cours pourraient encore réserver de bonnes nouvelles. Et l’aider à réduire sa décote.
{"title":"Un dividende classique pour le secteur»,"body":{"value":"Le dividende de Total avait l\u2019habitude de nourrir la pol\u00e9mique. En cette ann\u00e9e de Covid-19, ce sont les 4 milliards d\u2019euros vers\u00e9s par Sanofi \u00e0 ses actionnaires au titre de 2020 qui ont suscit\u00e9 des critiques, au moment o\u00f9 le laboratoire acc\u00e9l\u00e8re \u00e9conomies et suppressions de postes. Les 4 milliards de dividendes ne d\u00e9notent pourtant pas dans une industrie habitu\u00e9e \u00e0 ce type de r\u00e9mun\u00e9ration actionnariale. Le montant du dividende a augment\u00e9 de 33% depuis 2008 alors que les d\u00e9penses de R&D ont augment\u00e9 dans la m\u00eame proportion. Le pay out ratio (dividende sur b\u00e9n\u00e9fice) s\u2019\u00e9l\u00e8ve en moyenne \u00e0 70% sur cette p\u00e9riode, selon S&P Capital IQ, contre 60% pour l\u2019am\u00e9ricain Pfizer.<\/p>\n»,"format":"light_html"}}
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