Le coût de production de l’électricité nucléaire a bondi de 21% en trois ans

A la hausse de 10,9% des charges d’exploitation s’ajoutent des investissements de maintenance ayant plus que doublé, rapporte la Cour des comptes
Yves-Marc Le Réour

A la demande de l’Assemblée nationale, la Cour des comptes a publié hier une version actualisée de son rapport de janvier 2012 sur le coût de production de l’électricité nucléaire. Ce coût, qui représente environ 40% du prix payé par les consommateurs, est passé «de 49,6 à 59,8 euros par mégawatt/heure entre 2010 et 2013», soit une augmentation de 21% en euros courants (+16% à devise constante).

Compte tenu de l’érosion de 1% de la production annuelle sur la période, cette hausse est imputable pour moitié au bond de 118% des dépenses liées aux investissements de maintenance. Plus d’un quart de cette augmentation de coût provient ensuite d’«une progression notable» (+10,9%) de l’ensemble des charges d’exploitation.

La prolongation, au-delà de 40 ans, de la durée de vie du parc nucléaire d’EDF «explique en partie cette forte évolution des coûts d’exploitation». Les besoins d’investissements de l’opérateur français entre 2011 et 2025 sont désormais chiffrés à 62,5 milliards d’euros, contre 57 milliards précédemment. Sur la période 2014-2025, environ la moitié des investissements servira à renforcer la sûreté des installations, l’autre moitié étant consacrée à la maintenance classique et au remplacement de gros composants.

Alors qu’elles ont progressé de 14% sous l’effet du changement de taux d’actualisation utilisé, les charges futures (provisions pour le démantèlement des centrales, pour la gestion des combustibles usés et des déchets) reflètent plusieurs incertitudes. La principale concerne le projet de stockage profond Cigéo, dont le coût estimé varie entre 14 et 28 milliards d’euros en fonction des devis. La Cour table sur «une évolution à la hausse probable des coûts de production du parc actuel à moyen terme» et souligne l’impossibilité de chiffrer le coût de production des futurs réacteurs EPR.

Tout en maintenant les recommandations faites dans son précédent rapport, elle préconise de «conclure rapidement les débats» sur le mode de fixation du taux d’actualisation, «afin de mettre fin au plus vite à la situation actuelle dans laquelle les exploitants dérogent depuis un an, avec l’accord de l’administration, à une disposition réglementaire». Constatant une créance sur le CEA de 617 millions d’euros en 2013 dans le portefeuille d’actifs dédiés d’Areva, elle conseille par ailleurs de renégocier les modalités de financement de ce dispositif «très coûteux pour le CEA et donc pour l’Etat».

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