Le conflit entre Saint-Gobain et Sika se déplace sur les rémunérations
Alors que l’Afep-Medef et le Parlement proposent de mieux encadrer la rémunération des dirigeants après l’affaire Renault, le sujet reviendra sur la table demain lors de l’assemblée générale de Saint-Gobain, pas tant sur le montant que sur le calcul de la part variable.
Colette Neuville, présidente de l’Adam, s’interroge sur le calcul des éléments variables de la rémunération du PDG de Saint-Gobain. Dans le cadre du projet d’acquisition de Sika (rachat de 53% des droits de vote, mais de 17% du capital), Saint-Gobain compte consolider le groupe suisse par intégration globale dans ses comptes, ce qui entraînerait un effet positif sur le résultat dès la première année. «Mais cet affichage ne rendra pas compte de la réalité puisque l’intérêt économique de l’opération, pour la société et ses actionnaires, se limitera, hors synergies, à la perception de 17% du bénéfice distribué par Sika, soit un dividende de 30 millions d’euros», explique Colette Neuville.
Cette divergence entre résultats comptables et intérêt économique réel pose question quant à la méthode pour calculer les éléments de la rémunération soumis à performance, en l’espèce la rémunération variable du PDG et ses incitations à long terme (stock-options et unités de performance), estime l’Adam. En effet, ces dernières sont en partie liées au niveau de retour sur capitaux employés «beaucoup plus élevé chez Sika que chez Saint-Gobain», constate l’Adam.
«Des allégations absurdes propagées par un fonds anglo-saxon opposé à l’opération sur Sika, répliquait hier Saint-Gobain, avant de répondre plus longuement à l’Adam lors de l’AG. L’ajustement des objectifs pour traiter une acquisition majeure en cours de période est en effet prévu dans tous les plans de rémunération en cours. Pour les objectifs établis postérieurement à l’acquisition, ils seront fixés après examen des plans et budgets disponibles qui seront présentés en consolidant Sika dont ils tiendront donc bien évidemment compte.» Si ce débat constitue un des aspects du conflit qui oppose Saint-Gobain aux actionnaires minoritaires de Sika, il devrait aussi permettre à l’AMF et à l’Afep-Medef d’affiner leur doctrine et leurs recommandations, et de se prononcer sur l’utilisation de données «part du groupe» pour le calcul des éléments variables de la rémunération, comme le recommande l’Adam.
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