Le conflit autour de Monoprix s’enlise
Joker! Casino s’est dispensé de valoriser le put (option de vente) de ses 50% dans Monoprix fin 2011 – contre 1,225 milliard d’euros fin 2010 –, arguant de la possibilité offerte par l’AMF de se dispenser de cette information en raison des discussions actuelles. Pour autant, cette option est valorisée «autour de 1 milliard d’euros», ajoute Antoine Giscard d’Estaing, directeur financier de Casino.
A l’occasion des résultats 2011, Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, a néanmoins opté pour une certaine transparence pour expliquer la valorisation du put Monoprix (voir graphique). Des chiffres contestés par Galeries Lafayette, qui considère notamment que la dette nette à fin 2010 ne doit pas être comparée à une dette nette ajustée en 2011. D’ailleurs, la valorisation ressort à 782 millions, et non aux 700 millions annoncés initialement par le distributeur stéphanois.
Le patron de Casino tient à rappeler qu’il n’a pas demandé à exercer son option d’achat. L’initiative revient à Philippe Houzé, président du directoire des Galeries Lafayette, qui a demandé en décembre dernier la réalisation des évaluations, dans la perspective probable d’un exercice de son option de vente.
Conformément au protocole, chacun des partenaires a fourni une valorisation pour 50% de Monoprix: 1,95 milliard d’euros selon Galeries Lafayette, conseillé par la Société Générale et le cabinet Ginestié, et 700 millions selon Casino, épaulé par Rothschild et le cabinet Darrois. Evaluations réalisées «sur des méthodes multicritères», précise seulement le protocole. Et donc pas uniquement sur le plan d’affaires de Monoprix.
Faute d’accord entre les parties, un tiers expert, JPMorgan, a été nommé, mais a refusé de se prononcer en l’absence d’entente des Galeries et de Casino sur un business plan commun. Pourtant, à la différence de la Société Générale et de Rothschild, il aurait eu accès au management de Monoprix pour établir le juste prix de la filiale commune. «Casino a bloqué les travaux de JPMorgan, confie un proche des Galeries. Or Jean-Charles Naouri a validé le business plan de Monoprix».
Pour sa part, Jean-Charles Naouri conteste le fait que l’évaluation de Casino repose sur le seul business plan de Monoprix, puisque Philippe Houzé en est l’auteur comme patron de Monoprix. Plan qui n’a pas été tenu ces cinq dernières années et prévoit une hausse de 40% de l’Ebitda à 500 millions d’euros à moyen terme, rappelle le patron de Casino. Les Galeries rétorquent que ce plan a été approuvé, de manière informelle, par les représentants de Casino – ce que ne dément pas Jean-Charles Naouri – et qu’il prévoit pour 2012 une légère progression du résultat opérationnel.
Ce business plan à trois ans, révisé chaque année, – que L’Agefi a pu consulter – prévoyait 500 millions d’euros d’Ebitda dès 2010, et même 530 millions en 2011 (selon le plan de septembre 2008) pour 363 millions réalisés. Le dernier plan, de novembre 2011, table sur 440 millions d’Ebitda en 2014, soit une progression annuelle moyenne de 6,6% sur la période. En revanche, «le plan de Casino prévoit une forte dégradation, avec un résultat opérationnel de Monoprix en 2018 au même niveau qu’en 2011», poursuit ce proche des Galeries. «Alors que Monoprix affiche une marge d’Ebitda historique proche de 10%, le plan de Casino table seulement sur 8%», ajoute un autre bon connaisseur du dossier.
Face à ce dialogue de sourds, et au nouveau désaccord sur la désignation d’un autre expert tiers, Galeries Lafayette a saisi le tribunal de commerce de Paris. Or, «le protocole laissait la possibilité à une partie de demander en justice une expertise indépendante», précise un proche de Casino.
Cette assignation devrait être suivie dans les prochains jours de celle des Galeries Lafayette par Casino. Jean-Charles Naouri demande également le respect du protocole d’accord en ce qui concerne la présidence de Monoprix, qui doit revenir à Casino à partir du 31 mars prochain. Alors que sur les trois administrateurs de Casino chez Monoprix, aucun ne peut prétendre à la présidence (deux personnes morales et une personne physique de plus de 75 ans), Jean-Charles Naouri a demandé à être coopté comme administrateur (en remplacement de Messidor) avant de prendre la présidence de Monoprix. Cooptation refusée par Philippe Houzé qui bénéfice, comme président, d’une voix prépondérante.
«Le protocole prévoit la présidence tournante, uniquement si Galeries Lafayette a la possibilité d’exercer son option de vente. Or, Casino bloque le processus d’évaluation», explique un proche des Galeries. «Faux, rétorque un proche de Casino. Rien dans le protocole ne lie les procédures d’évaluation aux règles de gouvernance».
{"title":"","image":"77995»,"legend":"La valorisation de Monoprix selon Casino diff\u00e8re de celle de Galeries Lafayette»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
L’obligataire renoue avec un plus haut de deux ans dans le Panel Allocation
Cette classe d’actifs pèse de nouveau 45% dans les portefeuilles, tandis que les actions reculent à 49% et les actifs alternatifs à 4%. -
Fitch abaisse la perspective de la France
Dans une décision surprise intervenue vendredi soir en dehors du calendrier habituel, l'agence de notation indique ne pas croire à une réduction du déficit en 2027. -
Gare au short squeeze
Retrouvez comme chaque semaine l'analyse du marché des changes de DeftHedge.
ETF à la Une
BlackRock accélère le développement de sa gamme d’ETF obligataires actifs
- Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
- Tégo divorce d'Allianz et AGPM
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
- Eurazeo opte pour une direction resserrée pour sortir du piège de la décote
- Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Contenu de nos partenaires
-
Foire d'empoigneQui payera pour sauver la nature ? A la COP Biodiversité, des avancées timides sur le financement
La COP17 sur la biodiversité s’est achevée samedi matin à Erevan, en Arménie. Malgré des discussions compliquées, plusieurs jalons ont été posés -
Des milliers de « docteurs juniors » catapultés dans les déserts médicaux
Des étudiants en médecine générale doivent désormais valider une 10e année, qu'ils passeront dans des zones sous-dotées. Ils sont près de 3 000 à faire leur rentrée lundi -
Fingers crossedLes midterms américaines, des élections cruciales pour les Européens aussi
Les Vingt-Sept tentent d’anticiper les conséquences immédiates des élections américaines pour le Vieux Continent. La prochaine présidentielle est déjà en ligne de mire