Le colmatage de la fuite en mer du Nord n’a pas comblé la perte de valorisation de Total
La fuite du champ gazier Elgin-Franklin est colmatée depuis une semaine. Et pourtant, Total est loin d’avoir réparé toutes les conséquences financières provoquées par l’accident. Hier soir, le groupe pétrolier capitalisait 81,6 milliards d’euros, soit 16 milliards de moins qu’avant la découverte de la fuite le 25 mars dernier. Une perte de capitalisation largement supérieure aux coûts de l’incident.
Selon le pire scénario envisagé par Christophe de Margerie, le PDG de Total, à savoir un arrêt complet de la production du champ jusqu’à la fin de 2012, le manque à gagner s’élèverait à 300 millions de dollars. Avec les coûts d’intervention sur le site, dont une grande partie sont couverts par les assurances, la facture totale pourrait monter à 400 millions de dollars. Un montant tout à fait supportable pour le pétrolier : environ 11 jours de bénéfice net.
«Les pires craintes du marché ne se sont pas matérialisées et l’intervention sur le puits semble être efficace», soufflent les analystes d’UBS, revenus à l’achat sur le titre mi-mai, justement pour jouer le décalage persistant de valorisation de Total. Selon eux, le groupe affiche un multiple valeur d’entreprise sur cash-flow ajusté (debt-average cash flow) de 4,8 fois, contre 5,3 fois pour Royal Dutch Shell et une moyenne de 5,2 fois pour le secteur. Récemment, la Société Générale soulignait également les efforts de transparence du groupe lors de cet incident et estimait qu’une fois la fuite colmatée, Total devrait retrouver la dynamique enclenchée à l’automne dernier, lors de l’annonce d’objectifs de production plus ambitieux.
Pour autant, la chute de capitalisation de Total n’est pas liée qu’à l’incident en mer du Nord. La baisse du secteur (-13% pour l’indice européen Stoxx 600), dans la foulée de celle des cours du pétrole (-15%) depuis la fin mars, explique aussi une grande partie du plongeon. A cet égard, la chute de 15% du cours de l’action Total depuis la fuite ne semble pas extravagante. La décote du groupe pourrait alors être attribuée à des arguments historiques: son appartenance à la zone euro, désertée depuis l’été dernier par les investisseurs institutionnels anglo-saxons, et les conséquences négatives fiscales supposées de l’arrivée au pouvoir de François Hollande.
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