Le cash de Vivendi fait des envieux
Vincent Bolloré a trouvé du répondant. Parvenu à la tête de Vivendi avec seulement 8% du capital, le président du conseil de surveillance du groupe de médias est confronté à la pression d’un actionnaire minoritaire. A la tête d’environ 1% du capital, et actionnaire depuis 2012, le fonds américain P. Schoenfeld AM (PSAM) a déposé deux résolutions en vue de l’assemblée générale du 17 avril. Objectif : obtenir un relèvement du plan de retour aux actionnaires à 9 milliards d’euros contre les 5,7 milliards promis par le groupe.
Sur ces 9 milliards, 2,85 milliards seront prélevés sur les bénéfices 2014, le solde provenant d’une distribution des primes d’émission, de fusion et d’apport.
En réponse aux exigences de PSAM, et après avoir rencontré plusieurs actionnaires ces dernières semaines, le directoire de Vivendi a assuré hier que «le retour prévu leur apparaît bien calibré en équilibrant la distribution d’un dividende de 1 euro pendant trois ans et un rachat d’actions potentiel de 2,7 milliards d’euros à un cours maximum de 20 euros».
Pourtant, l’annonce du plan fin février avait été accueillie par une chute de 4,93% du cours de Bourse. Les investisseurs s’étonnent notamment du calibrage du plan de rachats d’actions. Pourquoi fixer un prix limite d’achat à 20 euros par action alors que le cours de Bourse est actuellement supérieur à 22 euros ?
Surtout, selon PSAM, le montant promis par Vivendi est insuffisant pour utiliser l’excédent de trésorerie de Vivendi et réduire la décote qu’il fait peser par rapport à sa valeur intrinsèque. Le fonds estime la valeur du groupe entre 25 et 27 euros par action. Fin 2015, Vivendi disposera de 7,2 milliards d’euros de cash. Deux ans plus tard, compte tenu de sa génération de trésorerie et des participations résiduelles qui pourraient être cédées d’ici là, Vivendi pourrait encore disposer de 7 milliards nets, calculent les analystes d’UBS. «Nous pensons que la question clé des investisseurs est de savoir ce que le groupe va faire avec son argent. Le manque de clarté du groupe sur ces interrogations justifie la décote du titre», appuyaient récemment les analystes de Barclays.
Plus connu pour ses opérations d’arbitrage en période de fusions-acquisitions, Peter Schoenfeld exprime tout haut ce que de nombreux actionnaires semblent penser tout bas. Hier, le cours de l’action Vivendi a d’ailleurs gagné 3,34%. Mais les critiques de PSAM vont plus loin. «Vivendi n’a pas réussi à surperformer ses pairs au cours de l’année passée malgré les cessions réussies de SFR et GVT à des valorisations supérieures aux attentes», indique le fonds. D’où l’idée selon lui, de réfléchir à d’autres mesures, dont une cession d’Universal Music Group et/ou de Canal Plus pour lesquels des «acquéreurs pariaient une prime de contrôle». Il avait d’ailleurs envoyé un courrier en ce sens le 22 décembre dernier au directoire de Vivendi. Mais «Peter Schoenfeld n’a jamais reçu de réponse à cette lettre, ni à tous les courriers qu’il a pu écrire ces derniers mois», regrette une source proche de l’investisseur américain.
Hier, Vivendi lui a répondu. Comme son président, Arnaud de Puyfontaine, l’avait indiqué mi-mars, le directoire a fermement rejeté cette idée de cession et a dénoncé «les tentatives de démantèlement du groupe».
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