Le business plan de Monoprix divise Casino et Galeries Lafayette
Casino valorise ses 50% de Monoprix à 700 millions d’euros, mais les comptabilisait à 1,225 milliard dans ses comptes à fin 2010
Publié le
Bruno de Roulhac
Photo: PHB/Agefi
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La guerre est déclarée ! Casino fourbit ses armes avant de «saisir les juridictions compétentes pour faire respecter par Galeries Lafayette ses engagements». Le distributeur stéphanois estime que Galeries Lafayette a violé les engagements de leur protocole de 2002, prorogé en 2008, en faisant voter par ses administrateurs la prolongation du mandat de PDG de Philippe Houzé (président du directoire de Galeries Lafayette) à la tête de Monoprix.
Le conseil de Monoprix compte trois représentants de Casino et trois de Galeries Lafayette, le président disposant d’une voix double. Si, le protocole – non public – prévoyait une alternance de présidence entre les deux actionnaires, Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, n’avait jusqu'à présent pas souhaité exercer cette fonction. Il semble néanmoins dans son bon droit.
Cette attaque répond à la récente assignation de Casino par Galeries Lafayette devant le tribunal de commerce de Paris. Les Galeries estiment également que son partenaire n’a pas respecté le protocole de 2002.
Selon des proches du dossier, Philippe Houzé a proposé en 2011 à Jean-Charles Naouri de prolonger l’accord pour trois ans. Casino proposant un renouvellement de seulement un an, Galeries Lafayette a décidé de mettre en œuvre le protocole, en engageant l’évaluation de 50% de Monoprix, sans pour autant être vendeur. Conseillé par Société Générale, Galeries Lafayette a abouti à une valorisation de 1,95 milliard d’euros, tandis que Casino, conseillé par Rothschild, a trouvé 700 millions. Un grand écart! En effet, «alors que Galeries Lafayette s’est fondé sur le business plan de Monoprix, validé par le conseil en 2011, et donc par Casino, ce dernier a demandé à McKinsey d’établir un autre business plan, non communiqué aux Galeries », confie un proche du dossier.
En l’absence d’accord, le troisième expert, JPMorgan, qui devait procéder à une évaluation, s’est refusé à intervenir si les deux parties ne s’entendaient pas sur un business plan commun. Casino a alors proposé de trouver un nouvel expert, ce qu’a refusé Galeries Lafayette, regrette le distributeur. Considérant de son côté que le plan de Monoprix, voté par Casino, s’impose, Galeries Lafayette a saisi la justice. Pour sa part, Casino estime que le plan doit être revu à l’aune de la conjoncture actuelle, du recul de la marge de Monoprix, et de la perspective de cession. Hier soir, Monoprix s’est défendu en publiant une hausse de 3,2% de son chiffre d’affaires 2011 à 3,96 milliards d’euros, pour un résultat opérationnel courant en recul de 4,6% à 287 millions. Et sur les sept premières semaines 2012, le distributeur se targue d’une croissance des ventes en comparables supérieure à 5,5%.
Depuis le 1er janvier, Casino dispose d’un «call punitif», soit une option d’achat de 10% de Monoprix, sur la base de la valeur d’expert majorée de plus de 20%. Dans la foulée, Galeries Lafayette peut exercer son option de vente dans les mêmes conditions. Mais parallèlement, les Galeries disposent d’une option de vente de 50% à valeur d’expert sans prime. «Si Galeries Lafayette souhaitait maximiser le prix de cession de sa participation, il avait tout intérêt à laisser l’initiative à Casino d’exercer son option d’achat, note Natixis. Nous sommes donc surpris de la démarche de Galeries Lafayette».
Dans une lettre du 10 février que L’Agefi s’est procurée, Ginette Moulin, présidente du conseil de surveillance de Galeries Lafayette, a proposé de couper la poire en deux, en offrant à Casino de lui racheter ou de lui vendre ses 50% de Monoprix au prix de 1,35 milliard d’euros. Cette offre, adressée à Jean-Charles Naouri, «a reçu une fin de non-recevoir et n’a pas été présentée au conseil de Casino», explique un proche du dossier.
Le prix reste bien sûr la pierre d’achoppement. Pour l’heure, les analystes évaluent la participation de 50% de Monoprix entre 1,1 et 1,3 milliard, ce qui correspond à l’évaluation de 2010. «Un prix de 1,3 milliard ferait ressortir un ratio de 6% du chiffre d’affaires et de 9 fois le résultat d’exploitation, des chiffres supérieurs de plus de 25% à la moyenne du secteur, note Aurel BGC. Un accord devrait être trouvé autour de 1,2 à 1,3 milliard». A 1,2 milliard, l’opération serait relutive de 9% pour Casino, note Oddo.
D’ailleurs, Casino évalue lui-même sa participation dans Monoprix à 1,225 milliard d’euros fin 2010. Avec une valorisation actuelle de 700 millions, le distributeur stéphanois devrait logiquement passer une dépréciation de 525 millions. Réponse le 28 février lors de la publication des résultats annuels.
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