Le business plan de Monoprix divise Casino et Galeries Lafayette
La guerre est déclarée ! Casino fourbit ses armes avant de «saisir les juridictions compétentes pour faire respecter par Galeries Lafayette ses engagements». Le distributeur stéphanois estime que Galeries Lafayette a violé les engagements de leur protocole de 2002, prorogé en 2008, en faisant voter par ses administrateurs la prolongation du mandat de PDG de Philippe Houzé (président du directoire de Galeries Lafayette) à la tête de Monoprix.
Le conseil de Monoprix compte trois représentants de Casino et trois de Galeries Lafayette, le président disposant d’une voix double. Si, le protocole – non public – prévoyait une alternance de présidence entre les deux actionnaires, Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, n’avait jusqu'à présent pas souhaité exercer cette fonction. Il semble néanmoins dans son bon droit.
Cette attaque répond à la récente assignation de Casino par Galeries Lafayette devant le tribunal de commerce de Paris. Les Galeries estiment également que son partenaire n’a pas respecté le protocole de 2002.
Selon des proches du dossier, Philippe Houzé a proposé en 2011 à Jean-Charles Naouri de prolonger l’accord pour trois ans. Casino proposant un renouvellement de seulement un an, Galeries Lafayette a décidé de mettre en œuvre le protocole, en engageant l’évaluation de 50% de Monoprix, sans pour autant être vendeur. Conseillé par Société Générale, Galeries Lafayette a abouti à une valorisation de 1,95 milliard d’euros, tandis que Casino, conseillé par Rothschild, a trouvé 700 millions. Un grand écart! En effet, «alors que Galeries Lafayette s’est fondé sur le business plan de Monoprix, validé par le conseil en 2011, et donc par Casino, ce dernier a demandé à McKinsey d’établir un autre business plan, non communiqué aux Galeries », confie un proche du dossier.
En l’absence d’accord, le troisième expert, JPMorgan, qui devait procéder à une évaluation, s’est refusé à intervenir si les deux parties ne s’entendaient pas sur un business plan commun. Casino a alors proposé de trouver un nouvel expert, ce qu’a refusé Galeries Lafayette, regrette le distributeur. Considérant de son côté que le plan de Monoprix, voté par Casino, s’impose, Galeries Lafayette a saisi la justice. Pour sa part, Casino estime que le plan doit être revu à l’aune de la conjoncture actuelle, du recul de la marge de Monoprix, et de la perspective de cession. Hier soir, Monoprix s’est défendu en publiant une hausse de 3,2% de son chiffre d’affaires 2011 à 3,96 milliards d’euros, pour un résultat opérationnel courant en recul de 4,6% à 287 millions. Et sur les sept premières semaines 2012, le distributeur se targue d’une croissance des ventes en comparables supérieure à 5,5%.
Depuis le 1er janvier, Casino dispose d’un «call punitif», soit une option d’achat de 10% de Monoprix, sur la base de la valeur d’expert majorée de plus de 20%. Dans la foulée, Galeries Lafayette peut exercer son option de vente dans les mêmes conditions. Mais parallèlement, les Galeries disposent d’une option de vente de 50% à valeur d’expert sans prime. «Si Galeries Lafayette souhaitait maximiser le prix de cession de sa participation, il avait tout intérêt à laisser l’initiative à Casino d’exercer son option d’achat, note Natixis. Nous sommes donc surpris de la démarche de Galeries Lafayette».
Dans une lettre du 10 février que L’Agefi s’est procurée, Ginette Moulin, présidente du conseil de surveillance de Galeries Lafayette, a proposé de couper la poire en deux, en offrant à Casino de lui racheter ou de lui vendre ses 50% de Monoprix au prix de 1,35 milliard d’euros. Cette offre, adressée à Jean-Charles Naouri, «a reçu une fin de non-recevoir et n’a pas été présentée au conseil de Casino», explique un proche du dossier.
Le prix reste bien sûr la pierre d’achoppement. Pour l’heure, les analystes évaluent la participation de 50% de Monoprix entre 1,1 et 1,3 milliard, ce qui correspond à l’évaluation de 2010. «Un prix de 1,3 milliard ferait ressortir un ratio de 6% du chiffre d’affaires et de 9 fois le résultat d’exploitation, des chiffres supérieurs de plus de 25% à la moyenne du secteur, note Aurel BGC. Un accord devrait être trouvé autour de 1,2 à 1,3 milliard». A 1,2 milliard, l’opération serait relutive de 9% pour Casino, note Oddo.
D’ailleurs, Casino évalue lui-même sa participation dans Monoprix à 1,225 milliard d’euros fin 2010. Avec une valorisation actuelle de 700 millions, le distributeur stéphanois devrait logiquement passer une dépréciation de 525 millions. Réponse le 28 février lors de la publication des résultats annuels.
{"title":"","image":"77970»,"legend":"R\u00e9sultats de Casino Monoprix Galeries Lafayette»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
L’obligataire renoue avec un plus haut de deux ans dans le Panel Allocation
Cette classe d’actifs pèse de nouveau 45% dans les portefeuilles, tandis que les actions reculent à 49% et les actifs alternatifs à 4%. -
Fitch abaisse la perspective de la France
Dans une décision surprise intervenue vendredi soir en dehors du calendrier habituel, l'agence de notation indique ne pas croire à une réduction du déficit en 2027. -
Gare au short squeeze
Retrouvez comme chaque semaine l'analyse du marché des changes de DeftHedge.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
BlackRock accélère le développement de sa gamme d’ETF obligataires actifs
- Les salariés des caisses régionales du Crédit Agricole obtiennent près de 2,2% d’augmentation
- Tégo divorce d'Allianz et AGPM
- La Société Générale poursuit sur sa lancée avec de nouveaux résultats records
- Eurazeo opte pour une direction resserrée pour sortir du piège de la décote
- Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Contenu de nos partenaires
-
SuccessionJournal d'une succession J-181 : à l’assaut du Pot-au-noir automnal
Chaque jour, l’Opinion raconte les coulisses de la campagne présidentielle la plus dangereuse de la Ve République. -
Think againLe pouvoir d’achat, le vrai, le faux et le long terme
Comme la France sans croissance n’a plus les moyens, la solution que les extrêmes font miroiter (encore des aides) n’est plus possible -
Foire d'empoigneQui payera pour sauver la nature ? A la COP Biodiversité, des avancées timides sur le financement
La COP17 sur la biodiversité s’est achevée samedi matin à Erevan, en Arménie. Malgré des discussions compliquées, plusieurs jalons ont été posés