L’Autorité de la Concurrence tient Casino dans sa ligne de mire

Le distributeur fait obstacle à la concurrence à Paris, selon l’Autorité, qui demande de pouvoir exercer ses injonctions structurelles
Bruno de Roulhac

Une nouvelle fois l’Autorité de la Concurrence fait preuve d’indépendance! Saisie par la ville de Paris, l’Autorité a constaté dans un avis l’extrême concentration du marché de la distribution alimentaire dans la capitale. Sans constater d’abus de position dominante de la part du groupe Casino, la place de ce dernier «constitue un obstacle à la concurrence».

Le distributeur possède une part de marché de 61,7% en surface de ventes intra-muros (trois fois supérieure à celle du groupe Carrefour) et de 50% à 70% en chiffre d’affaires (y compris la concurrence des hypermarchés de périphérie), selon l’Autorité. Pour Casino, sa part de marché à Paris est comprise entre 33% et 38,5%. Alors que l’Autorité a comptabilisé les seuls groupes de distribution alimentaire, Casino a tenu compte des marchés, des commerces traditionnels, de surgelés… Pour sa part, UFC-Que Choisir estime le préjudice à plus de 400 euros par ménage client des enseignes Casino intra-muros (Casino, Franprix, Leader Price, Monoprix, Vival).

Aussi, le gendarme de la concurrence recommande de poursuivre l’abaissement des barrières à l’installation de grandes surfaces alimentaires et de fluidifier le marché. Ceci en supprimant la procédure d’autorisation administrative d’installation pour les commerces de plus de 1.000 m². Par ailleurs, la ville de Paris devrait veiller, dans le cadre des projets de zones d’aménagement commercial, à délimiter des surfaces «suffisamment importantes» pour permettre l’installation de grands supermarchés, voire d’hypermarchés.

UFC-Que Choisir, qui a salué la «lucidité» des recommandations de l’Autorité, propose la mise en place d’un guichet unique pour les autorisations de construction de nouveaux magasins et souhaite que l’Autorité puisse prendre des mesures structurelles là où de nouvelles constructions sont impossibles.

Or, l’Autorité de la concurrence constate qu’elle ne dispose pas de moyens d’interventions quand le problème concurrentiel résulte des structures de marché et non de la volonté délibérée d’un acteur. Si l’autorité indépendante a le pouvoir d’imposer des injonctions structurelles, les conditions d’exercice sont très difficiles à satisfaire. Pour cette raison, l’Autorité souhaite un assouplissement de ces dispositions, qui lui permettrait, comme au Royaume-Uni, d’imposer une revente d’actifs à des concurrents. La balle est donc désormais dans le camp du Gouvernement et du Parlement…

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