L’Autorité de la concurrence menace l’intégrité du modèle Canal+

Le dossier d’instruction sur le rapprochement entre CanalSat et TPS évoque une séparation entre le bouquet et la chaîne. La décision sera prise fin juillet
Olivier Pinaud
Photo: PHB/Agefi
Photo: PHB/Agefi  - 

Ce n’est encore qu’un dossier d’instruction mais il est clairement à charge contre Canal+. L’enquête rouverte fin 2011 par l’Autorité de la concurrence dans le cadre du rachat de TPS par CanalSat pourrait aboutir à un éclatement du groupe de télévision payante. Selon le document, dont les conclusions ont été révélées lundi soir par La Tribune, plusieurs parties interrogées, dont le Conseil supérieur de l’audiovisuel, appellent à une plus grande autonomie du bouquet CanalSat vis-à-vis de la chaîne Canal+. Certains acteurs vont jusqu'à demander une séparation fonctionnelle entre les deux sociétés pour assurer un bon fonctionnement du marché de la diffusion des chaînes, CanalSat étant suspecté de favoriser les chaînes maison.

La cession de CanalSat et les autres mesures «radicales» évoquées dans le document ont «peu de chance d’aboutir», selon les analystes médias de Natixis, «tant elles pourraient déstabiliser Canal+ France et donc l’ensemble du marché audiovisuel français». Le groupe Canal+ tire la majorité de ses revenus et la quasi-intégralité de son bénéfice de la diffusion de chaînes sur CanalSat. Une séparation pure et simple menacerait donc la survie de la chaîne Canal+, avec les conséquences indirectes sur l’industrie du cinéma dépendante des investissements de la chaîne cryptée.

Indépendante et aux convictions tranchées, l’Autorité de la concurrence a les moyens d’infliger une telle sanction. D’autant que le non-respect par Canal+ de ses engagements initiaux pris lors du rachat de TPS en 2006, l’ont irritée. Toutefois, en faisant planer la menace de la séparation structurelle, comme l’Autorité des télécoms a pu le faire naguère sur France Télécom pour faire émerger les opérateurs alternatifs, l’Autorité de la concurrence chercherait sutout à obtenir des concessions de la part de Canal+.

La mesure la plus négative serait l’interdiction de signer des exclusivités sportives pour l’ensemble des plates-formes, estime Natixis. «La situation serait alors proche de celle constatée en Italie, où Mediaset et Sky Italia se partagent les droits du championnat de football», expliquent les analystes. Avec peu de bénéfices: «Mediaset affiche des pertes récurrentes sur cette activité et Sky Italia une rentabilité parmi les plus faibles d’Europe (6,2% contre 17,9% pour BSkyB)».

Avant de trancher, l’Autorité de la concurrence lancera une consultation sur sa position dans le courant du mois de juin. Avec une décision finale attendue fin juillet.

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