L’automobile ne donne pas de signe encourageant
Le deuxième semestre 2019 devait être une période de stabilisation, voire de début de redressement pour l’industrie automobile mondiale, après une année 2018 difficile marquée par le retournement du marché et les tensions internationales, sur fond de préparation coûteuse à l’ère du véhicule électrique. Mais à l’aune des résultats des constructeurs au 30 juin et des déclarations de leurs dirigeants, le purgatoire pourrait se prolonger.
Alimentée par le ralentissement économique mondial, la contraction de la demande de voitures s’est poursuivie au deuxième trimestre, en particulier en Chine et aux Etats-Unis, respectivement premier et deuxième marché automobile mondial. De même, le conflit commercial sino-américain perturbe toujours les chaînes d’approvisionnement. Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a ainsi subi des baisses de 60% de ses livraisons dans l’Empire du Milieu et de 12% outre-Atlantique, tandis que General Motors a vu les siennes reculer de 12% et de 1,5% respectivement et Ford de 32% et 7%. Les japonais Nissan et Honda ont également souffert aux Etats-Unis.
Importants plans de restructuration
Moins concernés par les marchés chinois et nord-américains, les constructeurs français Renault et PSA subissent néanmoins la faiblesse de certains marchés émergents, comme l’Amérique latine (en particulier l’Argentine) et la Turquie. Ford, plus diversifié géographiquement que ses concurrents américains, suit la même tendance (-22% en Amérique latine et dans la zone Moyen-Orient/Afrique).
La dégradation des conditions a conduit plusieurs constructeurs à annoncer des plans de restructuration, parfois conséquents. Après Ford en juin dernier (qui veut supprimer 12.000 postes d’ici à fin 2020 en particulier en Europe), le japonais Nissan (le principal partenaire de Renault) a défrayé la chronique en annonçant un plongeon de 98% de son bénéfice d’exploitation (à 1,6 milliard de yens, soit 13 millions d’euros) en raison de ses difficultés outre-Atlantique et la suppression de 12.500 postes pour 2023.
Un meilleur pilotage du mix produit au profit des véhicules de loisirs (SUV, pick-up), à plus fortes marges, et une gestion rigoureuse a permis à certains constructeurs de tirer leur épingle du jeu. PSA a affiché une marge opérationnelle record de 8,7% au premier semestre, tant au niveau du groupe que de ses activités automobiles. Le groupe français a profité du succès de ses SUV, mais aussi des synergies avec Opel et Vauxhall, compensant largement la baisse des volumes de 12,8% au niveau mondial. L’allemand Volkswagen affiche une hausse de 30% de son bénéfice d’exploitation, grâce notamment à ses SUV et ses marques haut de gamme. FCA a également surpris les investisseurs en bravant le recul du marché nord-américain : grâce à ses grands pick-up Ram, sa marge progresse de 90 points de base pour atteindre 8,9%.
Révisions à la baisse des perspectives
Devant le manque de perspectives d’améliorations (encore alimenté par les déclarations belliqueuses de Donald Trump jeudi soir), la plupart des constructeurs ont dégradé leurs anticipations d’évolution du marché automobile. La situation a poussé certains à revoir leurs perspectives financières pour l’ensemble de l’année. C’est notamment le cas de l’allemand Daimler, qui a affiché une perte au deuxième trimestre, de Renault, Aston Martin, Nissan et Toyota. Les constructeurs japonais subissent notamment la hausse du yen, qui fait office de devise refuge face à la baisse des taux d’intérêts américains et aux tensions commerciales : Toyota a réduit ses prévisions annuelles de bénéfice opérationnel de près de 6% (ce qui le fera reculer de 2,7% pour la première fois depuis 4 ans) et Honda est déjà affecté, son bénéfice net plongeant de 30% et son bénéfice opérationnel de 16% au premier trimestre de son exercice décalé.
Ford, qui n’avait pas encore fourni de prévision cette année, a déçu en annonçant des prévisions de bénéfice par action annuel inférieures aux attentes des analystes (entre 1,20 et 1,35 dollar contre 1,39). Même le constructeur de luxe Ferrari a souffert du manque de perspectives : bien qu’ayant publié vendredi un Ebitda ajusté en hausse de 8,7% (à 314 millions d’euros) pour un chiffre d’affaires en croissance de 8,6% (à 984 millions), il a déçu le marché en ne relevant pas ses prévisions de résultat. Son action a terminé en baisse de 4,4%.
Un redressement avant 2020 semble très hypothétique. Sans compter qu’un Brexit sans accord, plus probable que jamais, viendrait encore compliquer les choses.
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