L’arrestation de Carlos Ghosn plonge Renault-Nissan-Mitsubishi dans la tourmente
Coup de tonnerre. Carlos Ghosn, président de Nissan, président de Mitsubishi, PDG de Renault et PDG de l’«Alliance» des trois constructeurs, aurait été arrêté il y a quelques heures par les autorités japonaises pour des soupçons de sérieuses irrégularités, selon plusieurs médias japonais. L’un des administrateurs – et membre de la direction – de Nissan, Greg Kelly, a également été interpelé pour les mêmes motifs. Une conférence de presse a débuté à 14h00 heure de Paris (22h00 heure locale) au siège du constructeur, à Yokohama.
Ces arrestations, qui n’ont été confirmées à L’Agefi ni par Nissan, ni par Renault, font suite à une enquête interne du groupe japonais, dont les résultats ont été publiés concomitamment. Sans trop entrer dans les détails, le communiqué de presse est suffisamment éloquent et inquiétant : « depuis plusieurs années, Ghosn et Kelly ont publié auprès du Tokyo Stock Exchange des montants de rémunérations inférieurs à ce qu’ils étaient en réalité, afin de réduire le montant rendu public de la rémunération de Carlos Ghosn. En outre, concernant Ghosn, de nombreux autres comportements répréhensibles ont été découverts, comme l’utilisation d’actifs de l’entreprise à des fins personnelles, et la forte implication de Kelly est également confirmée ». Outre de fausses déclarations aux autorités boursières et d’infractions financières, il est donc – au minimum – également question d’abus de bien social. Les rémunérations cumulées de l’un des dirigeants les plus puissants de l’industrie automobile mondiale faisaient régulièrement l’objet de débats.
Nissan ne compte pas s’arrêter là et le départ de celui qui a sauvé Nissan d’une probable faillite en 1999 semble acté : «Le directeur général de Nissan Hiroto Saikawa proposera au conseil d’administration de Nissan de révoquer rapidement Ghosn de ses postes de président et d’administrateur. Saikawa proposera également la révocation de Greg Kelly», poursuit le groupe dans son communiqué.
Il est trop tôt pour évaluer toutes les conséquences de ce séisme. Mais étant donné la concentration des pouvoirs organisée depuis des années autour de Carlos Ghosn et les ramifications de Renault-Nissan-Mitsubishi (« première alliance automobile mondiale » autoproclamée), il ne manquera pas de déclencher des réactions en chaîne, jusqu’en France.
Carlos Ghosn est en effet PDG de Renault et l’Etat, à travers l’Agence des participations de l’Etat (APE), est actionnaire du constructeur français à hauteur de 15%. A ce titre, il dispose de deux représentants à son conseil d’administration. L’Etat français sera extrêmement vigilant quant à la stabilité de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et à celle du groupe Renault, a réagi Emmanuel Macron, refusant toutefois de se prononcer sur les accusations portées contre Carlos Ghosn au Japon. «Il est trop tôt pour se prononcer sur la réalité et la matérialité de faits sur lesquels je ne dispose pas d'éléments supplémentaires», a déclaré le président français lors d’une conférence de presse à Bruxelles. Joint par L’Agefi, l’APE n’a pas fait de commentaire.
En attendant, les investisseurs ont réagi : Renault, qui contrôle 43,4% du capital de Nissan, a perdu jusqu’à 15% à la Bourse de Paris, tandis que l’action Nissan cotée à Francfort perdait 11,30% (l’information a été rendue publique après la clôture de la Bourse de Tokyo).
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