L’annonce d’une recapitalisation d’Air France-KLM fait chuter son cours de Bourse
Le groupe de transport aérien Air France-KLM a annoncé jeudi qu’il prévoyait d'émettre jusqu'à 4 milliards d’euros d’instruments de fonds propres ou de quasi-fonds propres pour renforcer son bilan, ébranlé par la crise sanitaire. L’entreprise a également publié des résultats en nette amélioration au quatrième trimestre et largement supérieur aux attentes des analystes.
Air France-KLM a indiqué que ces nouvelles opérations pourraient notamment consister en une augmentation de capital avec maintien du droit préférentiel de souscription des actionnaires et en l'émission de titres de quasi-fonds propres, tels que des obligations perpétuelles sèches et convertibles. Ces derniers instruments doivent permettre de rembourser les aides publiques qu’a reçues la société, ce qu’Air France-KLM a indiqué vouloir réaliser « dès que possible ».
Le groupe souhaite « rester flexible sur la structure de ces transactions ainsi que sur leur séquencement et le montant de chaque instrument, en fonction des conditions de marché » et n’a ainsi pas fourni de calendrier. Air France-KLM a précisé que ses actionnaires de référence soutenaient ces opérations potentielles, les Etats français et hollandais envisageant d’y participer. Certaines de ces mesures nécessiteront l’approbation de la Commission européenne.
Ce nouveau train de mesures, après une première étape opérée au printemps, doit permettre au groupe d’atteindre un ratio dette nette sur excédent brut d’exploitation (Ebitda) compris entre 2 et 2,5 d’ici 2023.
A fin décembre, la dette nette du groupe de transport aérien atteignait 8,2 milliards d’euros tandis que ses capitaux propres étaient négatifs à hauteur de 3,8 milliards d’euros.
A la Bourse de Paris, l’action Air France-KLM chute de 6% à 4,20 euros, accusant la plus forte baisse du SBF 120. Bernstein souligne que la recapitalisation envisagée sera certainement dilutive pour les actionnaires.
Retour des résultats aux niveaux prépandémiques
Air France-KLM a livré à ces annonces à l’occasion de la publication de ses résultats du quatrième trimestre. Le groupe a dégagé sur cette période un résultat d’exploitation supérieur à celui du même trimestre de 2019.
«Pour la première fois depuis le début de la pandémie, le groupe a affiché des résultats supérieurs à ceux d’avant la pandémie, avec un résultat d’exploitation positif», s’est réjoui le directeur général du groupe, Ben Smith, cité dans un communiqué.
La perte nette du groupe s’est établie à 127 millions d’euros, contre une perte de 1 milliard d’euros un an plus tôt. Le résultat d’exploitation s’est établi à 178 millions, contre une perte de 1,1 milliard d’euros sur la même période de 2020 et un bénéfice de 96 millions au quatrième trimestre 2019.
Le chiffre d’affaires trimestriel s’est établi à 4,84 milliards d’euros, en hausse de 105% sur un an. L’Ebitda s’est inscrit à 827 millions d’euros sur la période d’octobre à décembre, contre une perte de 409 millions d’euros au quatrième trimestre 2020.
Selon un consensus disponible sur le site Internet de la société, les analystes attendaient en moyenne un chiffre d’affaires de 4,6 milliards d’euros, une perte d’exploitation de 267 millions d’euros et une perte nette de 276 millions d’euros.
Pertes annuelles réduites
Sur l’ensemble de 2021, Air France-KLM a accusé une perte nette de 3,3 milliards d’euros, contre 7 milliards d’euros en 2020. La perte d’exploitation s’est établie à 1,6 milliard d’euros, contre 4,5 milliards d’euros en 2020, tandis que les revenus ont progressé de 29,1%, à 14,3 milliards d’euros. Le groupe a par ailleurs enregistré un Ebitda positif de 745 millions, contre un montant négatif de 1,7 milliard d’euros en 2020.
Au niveau des perspectives, le groupe prévoit de déployer au premier trimestre une capacité pour son activité réseaux passage représentant entre 73% et 78% de celle de la même période de 2019, en sièges-kilomètres disponibles. Au quatrième trimestre 2021, cette capacité s’est établie à 72% de son niveau de 2019. Dans ce contexte, Air France-KLM anticipe un Ebitda proche de l'équilibre au premier trimestre.
Le groupe n’a pas fourni de perspectives d’activité pour l’ensemble de 2022 en raison des incertitudes sur la situation sanitaire en Chine et au Japon.
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Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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