La valse des patrons se poursuit chez Accor

Après le départ immédiat de Denis Hennequin, le conseil installe un trio à la tête du groupe
Bruno de Roulhac
Illustration: Audrey Millet
Illustration: Audrey Millet  - 

Une nouvelle fois le patron d’Accor est remercié. Le conseil du groupe hôtelier s’est séparé hier de son PDG, Denis Hennequin, deux ans et demi à peine après l’avoir installé. Il sera remplacé provisoirement par un trio, Philippe Citerne à la présidence, Sébastien Bazin à la vice-présidence et Yann Caillère, actuel directeur général délégué, à la direction générale. L’histoire se répète! Le 2 novembre 2010, le conseil d’Accor avait remercié Gilles Pélisson au bout de cinq ans à la tête du groupe pour «divergences stratégiques».

Dans les deux cas, l’actionnaire de contrôle avec seulement 21,4% du capital et 30,1% des droits de vote a imposé sa loi. Le tandem Colony Capital et Eurazeo détient en effet quatre sièges (et cinq avec le PDG) sur les dix du conseil d’administration. Quant aux autres membres, qualifiés d’indépendants (Jean-Paul Bailly, Philippe Citerne, Mercedes Erra, Sophie Gasperment et Bertrand Méheut), ils semblent bien silencieux.

Seul Franck Riboud avait décidé de démissionner en début d’année, invoquant la nécessité de limiter son nombre de mandats, étant dirigeant exécutif, afin de se conformer aux bonnes pratiques de gouvernement d’entreprise. D’aucuns estiment que ce ne serait pas la seule raison…. Force est de constater que Colony, qu’il soit allié avec Eurazeo chez Accor, ou avec Bernard Arnault chez Carrefour, utilise la même technique. Si le retour sur investissement n’est pas assez rapide, on change de patron, même plusieurs fois !

Pour le conseil, la stratégie suivie «est la bonne et restera inchangée. Mais [...] Accor a besoin pour renforcer ses positions d’accélérer le rythme de mise en œuvre de cette stratégie». Autrement dit l’exécution n’aurait pas été assez rigoureuse puisqu’elle ne s’est pas traduite dans le cours de Bourse. Depuis un an, l’action Accor gagne moins de 1%, tandis que le CAC 40 bondit de 22%. En d’autres termes, les actionnaires de référence semblent juger que la stratégie 2016 mériterait d’être accélérée, que la politique de cession de murs n’est pas assez rapide, et que la réorganisation du groupe avec un plan de départ de 172 personnes serait à la fois insuffisante et trop coûteuse.

Pourtant, «une remise en cause de l’organisation actuelle d’Accor serait préjudiciable à l’évolution positive du court terme en remettant en cause une stratégie qui a déjà mis du temps à se mettre en place», prévient Natixis. «Il y a urgence à réorienter Accor sur sa valeur ajoutée, c’est-à-dire la gestion de ses marques et de son développement face aux agences en ligne prédatrices», ajoute Oddo.

D’ailleurs «la stratégie mise en œuvre par Denis Hennequin est allée dans la bonne direction: améliorer l’offre globale de produits, améliorer la marque Ibis pour avoir une offre plus visible, développer une politique d’asset light», note Kepler. Le remplacement de Denis Hennequin «nous semble difficile et mettrait un coup d’arrêt à la stratégie annoncée en ajoutant de nouvelles incertitudes sur les guerres de clan au sein d’Accor et du conseil», poursuit Oddo.

Comme en novembre 2010, le marché ne comprend pas ce nouveau renvoi du patron d’Accor, alors qu’en filigrane la cession ou la scission de l’immobilier semble toujours attendue. Pourtant, «une scission de l’immobilier (2,6 milliards d’euros au bilan) nous paraît toujours irréaliste (quand on constate la décote de Foncière des Murs)», note Oddo.

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