La valse des dirigeants devrait s’accélérer en 2021
En 2019-2020, près d’un quart des plus grandes sociétés cotées ont changé de patron, selon une étude du cabinet de conseil SquareWell, réalisée sur la base de 484 sociétés cotées américaines (S&P 100), britanniques (FTSE 100) et européennes (CAC 40, Dax 30, etc.). Ce mouvement s’est accéléré en 2020 avec 68 nouveaux dirigeants contre 52 en 2019. La plupart de ces changements ont eu lieu au premier semestre de l’année, et sont donc probablement sans rapport avec le Covid, suggère SquareWell. Au second semestre, les nouvelles arrivées ont chuté de 42% par rapport aux six premiers mois de l’année, signe de la réticence des conseils à changer de leadership en pleine crise. « Les conseils d’administration ne veulent pas ajouter de l’incertitude à l’incertitude, explique Louis Barbier, associé SquareWell. En revanche, ils préparent les successions pour la sortie de crise. Nous anticipons beaucoup de changements en 2021, avec déjà une accélération au premier trimestre. En France, les successions sont plutôt bien préparées, à l’instar de L’Oréal ou Safran ».
En moyenne, ces dirigeants sortants sont en place depuis six à sept ans. Les sociétés d’Europe continentale semblent plus patientes, puisque seulement 14% de leurs patrons sortants étaient en place depuis moins de trois ans, contre 27% pour les sociétés britanniques. Dans les sociétés au capital ouvert, 27% des départs ont lieu moins de trois ans après l’entrée en fonction, contre seulement 4% dans les sociétés contrôlées.
Un quart de départs forcés
Ces départs sont présentés comme des démissions (56%), des retraites (29%), des raisons personnelles (7%) et des licenciements (7%). Toutefois, les entreprises ne sont généralement pas enclines à révéler les véritables motivations de ces renvois. Et selon SquareWell, un quart des départs (27% en 2019) seraient en réalité des licenciements, en raison de mauvaises performances, d’un scandale ou d’un désaccord sur la stratégie. «Un chiffre qui reste conservateur, précise Louis Barbier. Malgré les questions des investisseurs, les conseils restent discrets sur les raisons des ‘démissions’ pour épargner le dirigeant sortant, ménager les équipes en interne, et préfèrent se tourner vers l’avenir, avec la recherche d’un nouveau dirigeant, voire d’un nouveau plan stratégique».
SquareWell constate que pour près d’un tiers des sociétés ayant accueilli un nouveau dirigeant l’an dernier, un activiste est présent au capital. «La corrélation entre une campagne activiste publique et un changement de management est frappante», poursuit Louis Barbier. Cette observation s’est confirmée en France chez Unibail-Rodamco-Westfield ou Danone.
Sur 2019 et 2020, 27% des patrons sortants avaient vu le cours de Bourse de la société reculer pendant leur mandat. Pour 38% d’entre eux, cette contreperformance boursière a provoqué leur départ. Sous la pression des investisseurs, le parcours boursier constitue un élément déterminant de la longévité du dirigeant.
Les recrutements externes progressent fortement
Le renouveau vient de plus en plus de l’extérieur. Les recrutements externes sont passés de 28% en 2019 à 43% en 2020. Un constat encore plus fort pour les sociétés européennes, avec un taux de 42% sur 2019-2020 (contre 24% aux Etats-Unis) ; et pour les sociétés ayant révoqué le dirigeant, le taux de recrutement externe monte à 55%, signe d’un besoin d’air neuf. « Encore trop souvent, les conseils sont peu préparés, sans plans de succession d’urgence et de long terme », constate Louis Barbier. D’ailleurs, les sociétés peinent toujours à communiquer sur le calendrier de succession de leur dirigeant, même si elles progressent. Elles sont 21% à donner des informations « adéquates », contre 13% en 2019.
Ces renouvellements de dirigeants ne profitent pas pour autant aux femmes ! Sur 2019-2020, elles ne représentaient que 11% des nouveaux dirigeants. Seulement 5% de ces grandes sociétés sont dirigées par des femmes.
Autre signe d’évolution, seuls 17% des patrons nommés en 2019 et 2020 avaient auparavant dirigé une société cotée. Près de la moitié des nouveaux CEO sont des anciens patrons de division ou de région.
Toutefois, la communication sur le processus de nomination pèche toujours. Seulement 10% des sociétés l’explicitent suffisamment, selon SquareWell. Le cabinet de conseil souhaite notamment savoir si des candidats internes ont été évalués par rapport à des candidats externes, afin de prendre en compte toutes les options, et si la société a fait appel à un cabinet externe. La société doit préciser le type de profil recherché en le mettant en perspective avec sa stratégie.
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