La valorisation d’Hermès est décorrélée de ses performances financières
Convoité par LVMH, Hermès fait tout pour se rendre encore plus désirable. Le maroquinier avait promis une croissance de son chiffre d’affaires de l’ordre de 15% en 2010. Elle s’élève finalement à 18,9%. A 2,4 milliards d’euros, les ventes franchissent pour la première fois dans l’histoire du groupe la barre des 2 milliards. Mieux, alors que les analystes s’attendaient à un quatrième trimestre moins dynamique que les neuf premiers mois de l’année (+20%) en raison d’une base de comparaison élevée, Hermès s’offre le luxe d’afficher une croissance de 17%, 4 points au-dessus du consensus.
«Le quatrième trimestre démontre une nouvelle fois l’excellence du modèle d’Hermès», applaudissent les analystes de la Société Générale. D’autant que le groupe ne profite pas que de la croissance de ses ventes en Asie (+31% au dernier trimestre). Les Etats-Unis (+25%) et l’Europe (+16%) restent très dynamiques. Avec une telle fin d’année, le relèvement de l’objectif de marge opérationnelle était acquis. La direction table sur une hausse d’«environ 3 points», contre 1 à 2 points auparavant. La marge 2010 ressortira ainsi à plus de 27,2%. Pour 2011, le chiffre d’affaires devrait croître de 8% à 10%, indique le groupe.
Et comme Hermès est une entreprise riche, avec 830 millions d’euros de trésorerie nette, la direction a décidé de distribuer pour la première fois un acompte sur dividende d’un montant d’un euro (105 millions d’euros au total). Avec son bloc de 20,2%, LVMH va ainsi percevoir le 10 février près de 21,4 millions d’euros. L’an dernier, Hermès avait distribué un coupon de 1,05 euro. Selon Mireille Maury, la directrice financière, l’acompte n’a aucun lien avec l’irruption de LVMH au capital et ne vise pas à fidéliser un peu plus les actionnaires familiaux d’Hermès, «unis et soudés», selon les mots de Patrick Thomas, le gérant du groupe, dans un entretien à Challenges. Il s’agit, selon Mireille Maury, d’utiliser une partie des 400 millions d’euros de trésorerie accumulés en 2010.
Beau et riche, Hermès a néanmoins vu son cours de Bourse baisser de 0,6% hier à 149,30 euros. Mais comme le reconnaît Raymond James Equities, «la valorisation est totalement déconnectée des performances économiques». La valeur d’entreprise d’Hermès (14,85 milliards d’euros) représente 20 fois le résultat opérationnel courant estimé pour 2011, contre une moyenne de 11,1 fois pour ses concurrents européens selon Exane BNP Paribas.
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