La réforme de l'électricité en Espagne fait disjoncter le secteur en Bourse
Madrid applique sa politique de rigueur au secteur de l’énergie. Le conseil des ministres a approuvé le 12 juillet un projet de réforme de l’électricité qui a entraîné un plongeon du secteur en Bourse. L’objectif du gouvernement est de résorber l’énorme déficit lié à l’écart entre les tarifs régulés de l’électricité et des coûts de production et de distribution plus élevés. Ce déficit, dont le stock atteint déjà 26 milliards d’euros depuis la réforme tarifaire votée en 2000, constitue une créance des utilities sur l’Etat. Elle a été en partie titrisée ces dernières années.
Pour le seul exercice 2013, le déficit est estimé à 4,5 milliards, après 5,6 milliards l’an dernier. Pour le résorber, Madrid a annoncé trois mesures: une contribution de 900 millions destinées à subventionner le système aux Baléares et aux Canaries, une hausse des tarifs de 3,2% sur la facture finale du consommateur qui rapportera elle aussi 900 millions, et la baisse des revenus liés aux «coûts régulés» des producteurs et distributeurs. L’industrie va donc assumer 60% de la facture, soit 2,7 milliards, divisée à parts égales entre énergies renouvelables et classiques.
«Si nous ne faisons rien, l’alternative est la banqueroute du système ou une hausse des prix aux consommateurs de plus de 40%», a indiqué vendredi José Manuel Soria, le ministre de l’Industrie. Pour fixer les revenus des compagnies, le gouvernement s’est notamment basé sur une rentabilité plafond «raisonnable» de 7,5% pour les investissements en énergie renouvelable, soit une marge de 300 points de base au-dessus des emprunts d’Etat espagnols à 10 ans, et de 6,5% pour les autres sources d’électricité.
Les montants en jeu sont supérieurs aux prévisions des analystes, qui tablaient plutôt, comme Kepler Cheuvreux, sur un partage à 50/50 du fardeau entre l’Etat et le secteur privé. D’Iberdrola à Gas Natural, les producteurs d’électricité abandonnaient entre 3,5% et 7% à Madrid vendredi, tandis que l’italien Enel, très présent aussi en Espagne, cédait plus de 4% à Milan.
«L’annonce est négative pour l’Espagne dans son ensemble, en termes de perception du risque et de coût pour les finances publiques, estime José Porta, chez Kepler Cheuvreux. Les hausses de prix constituent une mauvaise nouvelle pour la consommation privée ou la production industrielle».
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