La forteresse de l’App Store d’Apple se fissure
Bon an mal an, Apple est contraint à desserrer l'étau. Il a annoncé mercredi soir un nouvel assouplissement des règles régissant ses boutiques d’applications mobiles (App stores). Le fabricant de l’iPhone autorisera d’ici peu certaines sociétés de contenus, comme Netflix ou Spotify, à proposer des liens vers leurs propres sites Internet afin que les clients puissent souscrire à des abonnements payants sans passer par son App Store. «La mise à jour va permettre aux développeurs d’applis de ‘lecture’ d’inclure un lien vers leur site Web», explique Apple dans un communiqué. A partir de début 2022, les utilisateurs pourront donc y souscrire ou y gérer leur abonnement, sans passer par le système de paiement d’Apple et, donc, sans payer la commission de 15% à 30% due au groupe américain.
Cette concession a été initialement négociée dans le cadre d’un accord avec l’autorité de la concurrence japonaise, qui a accepté de clore une enquête de cinq ans sur Apple, portant essentiellement sur les applications vidéo et musicales, en échange d’un allègement des règles de la marque à la pomme sur ce segment.
La levée de l’interdiction ne porte que sur les applications dites de lecture, qui fournissent des contenus tels que des livres électroniques, des vidéos et de la musique et qui ne proposent pas de service gratuit, mais exigent un paiement à l’inscription. Ce changement sera appliqué à l'échelle mondiale, a déclaré Apple mercredi. Il conservera le pouvoir de décision ultime sur les applications qualifiées de lecture.
Procès multiples
La concession de la marque à la pomme est la deuxième en 15 jours. La semaine dernière, il a conclu un accord avec un groupe de développeurs aux Etats-Unis dans le cadre d’une action en justice collective, mettant fin à l’interdiction qui leur était faite d’informer les utilisateurs par courriel des possibilités de paiement.
De fait, Apple est confronté à des poursuites lancées par différentes entreprises et autorités dans le monde. Elles lui reprochent d’abuser de sa position dominante en imposant l’App Store comme intermédiaire obligatoire entre eux et leurs utilisateurs. Et aussi de prélever des commissions trop élevées.
A ce titre, le résultat du procès intenté par Epic Games aux Etats-Unis, attendu pour septembre, sera décisif. L’éditeur du jeu vidéo Fortnite réclame le droit d’utiliser un système de paiement alternatif pour les achats d’accessoires dans son jeu. En réaction aux annonces d’Apple, le PDG d’Epic Games, Tim Sweeney, a accusé jeudi la firme d’essayer d’apaiser les autorités avec des mesures fragmentaires insuffisantes.
En Inde, Apple est accusé d’abus de position dominante sur le marché des applications après une plainte déposée par l’ONG Together We Fight Society, qui reproche au groupe américain de forcer les développeurs à utiliser son système de paiement intégré à l’App Store, selon Reuters. La plainte va être examinée par la Competition Commission of India dans les prochaines semaines.
La Corée du Sud a également voté une loi en début de semaine pour contraindre Apple et Google, les deux principaux opérateurs de magasins d’applications, d’obliger les développeurs à utiliser leurs systèmes de paiement, les empêchant ainsi de prélever des commissions sur les achats réalisés via les applications.
Une procédure est également en cours en Europe, initiée par le site de streaming de musique Spotify, et en France. «Un correctif limité ne résout pas tous nos problèmes», a réagi Spotify dans un communiqué, après les annonces d’Apple. En outre, le projet européen de règlement Digital Markets Act inclut des règles pour les magasins d’applications.
Autre bataille antitrust
Une autre bataille antitrust s’esquisse en Europe : l’accès de tiers aux fonctionnalités NFC d’Apple Pay intégrées dans les iPhones et les montres connectées iWatch, relève Bloomberg Intelligence. Car l’Union européenne (UE) a lancé une enquête antitrust au deuxième trimestre sur Apple Pay pour savoir si les conditions générales d’Apple et les restrictions imposées aux fournisseurs tiers pour accéder au NFC sont anticoncurrentielles.
«Les décideurs politiques de l’UE, de la France et de l’Allemagne veulent s’assurer que les paiements utilisant des téléphones portables, des appareils portables et d’autres appareils restent compétitifs et ouverts», souligne l’institut d’études.
Les concessions d’Apple, et les futures décisions de justice, pourraient ébrécher le modèle d’Apple. L’App Store est au cœur de la division services d’Apple, qui dégage un chiffre d’affaires annuel de 53,8 milliards de dollars. La société perçoit des commissions de 15% à 30% sur les achats réalisés via les applications.
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