La famille devrait in fine détenir 14,3 % du capital de Pernod-Ricard
Un prix de 26,70 euros avec 3 actions nouvelles pour 17 détenues. Telles sont les modalités de l’augmentation de capital détaillées hier par Pernod-Ricard. Garantie par les banques du syndicat - BNP Paribas, Calyon, JPMorgan, SG CIB, ABN Amro, Lazard-Natixis, Santander, Barclays Capital, HSBC et ING -, l’opération débute aujourd’hui pour se terminer le 29 avril.
Sur la base du cours de clôture de mardi (41,52 euros), la valeur théorique du droit préférentiel de souscription ressort à 2,22 euros et celle de l’action ex-droit à 39,30 euros. D’où une décote de 32 %.
Mais ce qui intéresse surtout les investisseurs, c’est la dilution à venir. Avec 38,79 millions de titres à émettre pour un capital initial de 219,79 millions d’actions, la dilution apparente s’élève à 15 %. Ainsi, en considérant que l’opération ne jouera qu’à la marge sur les résultats, le consensus de BPA pour l’exercice en cours devrait être mécaniquement ramené de 4,54 à 3,86 euros.
Grâce aux DPS, la dilution de l’intérêt économique des actionnaires actuels sera néanmoins plus limitée. Ceux-ci pourront en effet souscrire en partie à l’opération sans débours. Pour réaliser cette opération blanche, il leur suffira de ne souscrire qu’une part des titres auxquels ils ont droit et de céder les DPS restants (voir tableau en page 1). Dès lors, produit de la vente et coût de la souscription s’équilibreront, tout en limitant la perte d’influence au capital. Par exemple à 2,22 euros le DPS, il conviendra selon nos calculs de ne souscrire que 32 % des actions proposées et de céder 68 % des droits attribués. Ainsi, la dilution réelle ne sera plus que de 10,2 %. En d’autres termes, un actionnaire détenant 5 % verra sa part baisser à 4,49 %. Au vu du cours au moment du détachement du droit hier soir (42,99 euros en clôture), on peut même estimer le droit à 2,44 euros et la dilution réelle à 9,9 %.
Tout dépendra en effet du prix auquel les actionnaires pourront vendre une partie de leur droit. A cet égard la problématique à laquelle doit faire face la famille est intéressante. Car, contrairement au Groupe Bruxelles Lambert qui suivra l’augmentation de capital à hauteur de sa quote-part (8,21 %), la Société Anonyme Paul Ricard a déjà annoncé son intention de conclure une « opération blanche ».
Au dernier pointage, elle détenait 12,43 % du capital, soit quelque 27,32 millions d’actions. Mais pour ne rien débourser, elle devra limiter sa souscription entre 1,44 et 1,67 million de titres si le DPS fluctue entre 2 et 2,5 euros (voir tableau). Au prix théorique de 2,22 euros le DPS, il lui faudrait souscrire 1,54 million d’actions et céder 18,57 millions de DPS. Conséquence, sa part au capital serait ramenée à 11,16 % du capital dilué.
Reste que la famille a conclu ce mois-ci un accord avec Kirin pour compenser sa descente au capital. Et ce sans sortir immédiatement de cash puisqu’il intègre un contrat à terme sur cinq ans. Une fois bouclée l’augmentation de capital, la holding familiale reprendra la participation de Kirin (3,74 % du capital actuel). Grâce à ces 8,22 millions de titres supplémentaires, Pernod-Ricard remontera donc à un peu plus de 14,3 % (voir tableau).
De la même façon, ses droits de vote ne seront que temporairement réduits. Détenant actuellement 19,05 % des droits de vote, la famille passera juste sous les 17 % après l’émission. Mais elle sera renforcée par la reprise des parts de Kirin qui détient 3,37 % des droits de vote actuels. In fine, le poids de la famille devrait donc ressortir à environ 19,9 % des droits de vote.
Si la famille vient de prouver qu’il lui était possible de ne rien perdre de son influence au sein de Pernod-Ricard sans débourser de cash à court terme, le groupe insiste pour sa part sur le « renforcement du bilan » que lui permettra cet appel au marché. Ayant couvert la majeure partie de ses refinancements d’ici à juillet 2013, il précise que « l’augmentation de capital permettra d’accélérer la diminution du ratio de dette nette/Ebitda du groupe, ce qui baissera encore le coût de la dette en réduisant les marges du crédit syndiqué ». De 5,2 % à fin décembre, le coût moyen devrait passer sous les 5 % à fin juin.
L’opération confirme enfin une tendance : la hausse des coûts pour l’émetteur sur ce type d’émission. De 1,5 % du produit brut en moyenne avant la crise, ils sont passés à 3,3 % pour Saint-Gobain et 3 % pour Lafarge. Pernod-Ricard paiera autour de 3,5 %.
Plus d'articles du même thème
-
Les taux longs américains échappent à Donald Trump
Les décisions politiques augmentent les risques sur l’inflation et les taux courts. La croissance de l’IA et la défiance générale, synonyme de prime de terme, se retrouvent dans les anticipations sur les taux longs. Résultat, l’administration Trump paraît loin de pouvoir tenir ses promesses sur le niveau des taux. -
BNP Paribas rempile avec But et Conforama et parie toujours sur les partenariats
Unies depuis quatre ans, les deux enseignes du marché de l’ameublement revendiquent 2 millions de clients annuels dont un tiers font appel à une possibilité de financement ou de crédit. Autant de clients possibles pour Cetelem. -
Les bases de données sur les marchés font un nouveau pas en avant
L’Autorité des marchés européenne a sélectionné mardi le fournisseur de la base de données consolidée sur les produits dérivés de gré à gré (OTC) de l’UE avec Transparent Markets Europe (TME). Les fournisseurs des bases obligataires britannique (Etrading Software) et européenne (Ediphy) ont mis fin à leur conflit en mai. Et EuroCTP lancera la commercialisation de la base actions de l’UE dans les prochains jours.
ETF à la Une
Les ETF d’actions américaines signent un retour en force au deuxième trimestre
- La nouvelle hausse du Livret A coûtera plus de 800 millions d’euros aux banques
- Le Crédit Agricole a injecté au total plus d’un milliard d’euros dans BforBank
- La Corée, un tigre asiatique qui commence à vieillir
- BNP Paribas et Caceis veulent sortir du métier des services aux émetteurs
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
Contenu de nos partenaires
-
DilemmesPrésidentielle : qui osera réformer le modèle social ?
Le modèle social français est une bombe à retardement. Qui sera prêt à la désamorcer ? Les candidats pour 2027 se font encore timides sur les grandes décisions à prendre sur la dépense et la nature du financement -
Casse-têtePartenaires sociaux : un réservoir d'idées encore inexploité sur le financement du modèle social
Pourtant experts sur la question, syndicats et patronat peinent à se retrouver pour caler un vrai débat sur le financement du modèle social avant l’élection présidentielle -
Volkswagen, toujours en crise, réfléchit à un nouveau plan d'économies
Les salariés s'opposent à la piste, évoquée dans la presse outre-Rhin, de la fermeture de quatre sites en Allemagne