La décision du gouvernement sur les tarifs décide de l’avenir d’EDF
Chaque 1er juillet entrent traditionnellement en vigueur de nouveaux tarifs pour EDF, fixés par une décision gouvernementale jusqu’en décembre 2015. Mais rarement une telle échéance aura été autant attendue par le producteur d’électricité. Quelle que soit la hausse que le ministère de l’Energie annoncera dans les prochains jours (un minimum de 3% est attendu), la décision ouvrira un processus d’ajustement des tarifs de vente de l’électricité pour les ramener à la hauteur des coûts de production supportés par EDF et un peu plus accrus depuis Fukushima par de nouvelles normes de sécurité.
Le groupe présidé par Henri Proglio en a besoin au risque de voir le déficit de sa division française se creuser et sa dette avec. Le gouvernement peut difficilement tergiverser. La jurisprudence récente du marché du gaz montre que le conseil d’Etat n’hésite pas à imposer une hausse des tarifs afin qu’ils couvrent les coûts de production, conformément à la loi. Plusieurs groupes indépendants de distribution d’électricité ont déjà saisi le conseil d’Etat.
Le récent rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui avait été commandé par le gouvernement, a montré l’ampleur du décalage. Rien que pour 2012, l’autorité du secteur a calculé que les tarifs fixés à l’été 2012, qui avaient bénéficié d’une hausse de 2%, ne couvraient pas les coûts réellement supportés par EDF à hauteur de 1,47 milliard d’euros. La CRE ajoute que le coût comptable de production d’EDF, regroupant les charges de capital (+2,9% par an), les charges fixes d’exploitation (+5,1%par an) et les charges variables d’exploitation (+5,1% par an), a augmenté au cours des cinq dernières années de 4,5% par an. Au mieux, les tarifs ont été progressé de 3% en 2010 et de 2% maximum au cours des autres années.
Il faudrait donc, selon l’autorité de tutelle, sans allongement de la durée de vie des centrales nucléaires d’EDF, que le tarif aux particuliers soit augmenté de 9,6% en 2012 pour combler l’écart. Et il faudrait les augmenter encore de 3,2% au cours des deux années suivantes. Soit une hausse cumulée de 17,2% en trois ans. Un geste impossible politiquement pour le gouvernement mais une décision économiquement indispensable pour l’Etat, le premier actionnaire d’EDF avec 86% du capital. Malgré le déploiement d’EDF à l’international, le marché français représente encore un peu plus de 45% de l’excédent brut d’exploitation du groupe. La préservation de cette division est donc indispensable à la rentabilité de tout le groupe, à son accès au marché du crédit dans de bonnes conditions et au final à son niveau de dividende. L’Etat a perçu un peu plus de 1,9 milliard d’euros de dividendes d’EDF au titre de 2012.
Pour EDF, l’effet sur les comptes serait immédiat. Chaque hausse de 1% des tarifs en France, accroît de 200 millions d’euros l’Ebitda et le bénéfice par action de 5%, calculent les analystes de Morgan Stanley. Pour ceux de Raymond James, le scénario de la CRE entraînerait une hausse supplémentaire de 2,9% des tarifs chaque année, entre 2013 et 2018, en plus des 2% annuels déjà appliqués dans le modèle. Ce qui augmenterait automatiquement de 11% le bénéfice par action estimé pour 2014. De quoi redonner à EDF la visibilité dont il manque depuis des mois et qui explique en grande partie sa valorisation, même si le cours de Bourse a repris 30% par rapport à son indice sectoriel de référence depuis le début de l’année. Avant le rapport de la CRE, Natixis appliquait par exemple systématiquement une décote de 30% sur EDF pour des raisons purement politiques. Les analystes viennent de la retirer, juste après le rapport de la CRE et après des signes d’apaisement entre la direction d’EDF et le gouvernement.
Pour tenter de limiter la hausse de la facture d’électricité des français, le gouvernement pourrait choisir d’étaler dans le temps le relèvement des tarifs. EDF a d’ailleurs proposé de pouvoir intervenir sur les tarifs plusieurs fois dans l’année, à l’image des prix du gaz établis chaque mois. Le tarif réglementé du gaz augmentera d’ailleurs de 0,5% pour les ménages français au 1er juillet, selon un arrêté publié dimanche au Journal officiel.
L’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires pourrait également limiter le coût pour les particuliers. Il abaisserait de plusieurs centaines de millions d’euros par an la dotation aux amortissements du parc de centrale nucléaire, améliorerait automatiquement le résultat d’exploitation du groupe ce qui nécessiterait donc des hausses de prix moins importantes. Pour 2013, la CRE calcule que la hausse nécessaire ne serait plus que de 6,8% au lieu des 9,6% précédemment estimés.
Un argument qui ne déplait pas à EDF. Cela lui permettrait de gagner 10 années de visibilité et militerait contre la fermeture progressive des centrales nucléaires. De quoi «"dérisquer» considérablement l’histoire EDF», prévient Morgan Stanley. De quoi aussi faciliter à moyen terme une mise sur le marché par le gouvernement d’actions EDF pour trouver de nouvelles ressources budgétaires.
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