La croissance défensive des géants alimentaires séduit les investisseurs
De nombreux secteurs considérés comme défensifs, tels les services aux collectivités, les télécoms ou la distribution, n’ont pas su tenir leurs promesses au cours des dernières années, ce qui a donné lieu à de nombreux avertissements sur les bénéfices depuis 2008. Dans ce contexte incertain, la valorisation élevée des géants du secteur alimentaire se justifie par une dynamique de croissance pérenne de plus en plus difficile à trouver ailleurs, estiment les analystes d’Exane BNP Paribas dans une récente étude.
Ils indiquent que l’orientation favorable de la demande dans ce secteur «repose à la fois sur la croissance élevée de la population des marchés émergents sur une augmentation encore plus importante de la consommation de plats préparés, même à des niveaux relativement bas de revenus». D’ici à 2050, la progression du nombre de personnes vivant dans les pays émergents sera 6 fois plus rapide que celle des pays développés, selon des prévisions établies par les Nations unies.
Un groupe comme Nestlé tire environ 40% de son chiffre d’affaires des zones émergentes, cette proportion atteignant 51% pour Danone et 55% pour Unilever. La croissance des bénéfices de ces groupes européens s’accompagne d’une politique de rémunération des actionnaires particulièrement favorable. Sur une période de 40 ans, Nestlé et Danone ont fait progresser de 9% par an leur dividende par action (+8% pour l’action Unilever cotée à Londres) et la probabilité d’une baisse du dividende semble «hautement improbable», selon ces analystes.
La proposition de rachat pour 28 milliards de dollars de Heinz, qui ne réalise qu’un quart de son chiffre d’affaires dans les émergents, constitue un soutien boursier supplémentaire pour l’ensemble du secteur. Les acquéreurs financiers, menés par Berkshire Hathaway et 3G Capital, «comptent tirer parti des perspectives de croissance de la cible, de sa capacité à générer un cash flow élevé et de la dislocation actuelle entre les marchés boursiers et obligataires», estime le bureau d’analyse, en rappelant que 70% du montant de l’opération sera financé par la dette.
Il en conclut qu’une diminution de l’intérêt pour le secteur alimentaire ne pourrait venir que d’une montée des déséquilibres macroéconomiques dans les pays émergents ou de l’abandon d’une politique monétaire accommodante dans les pays avancés.
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