Entre la chute du rouble et la tension politique, plusieurs groupes ont déjà tiré la sonnette d’alarme.
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Olivier Pinaud
La crise russe commence à faire ses premiers dégâts pour les groupes européens. Outre les conséquences de la chute du rouble, qui pénalise directement les entreprises les plus actives dans le pays, la tension entre Occidentaux et Russes paralyse les affaires. La semaine dernière, BASF et Gazprom ont annulé un échange d’actifs gaziers, qui était prévu pour cette année, évoquant «un environnement politique actuellement difficile». Le groupe allemand devra passer 211 millions d’euros de charges dans ses comptes 2014.
BASF n’est pas la première victime de la dégradation de l’environnement économique et politique en Russie. Son compatriote RWE peine lui aussi à finaliser la cession de ses actifs pétroliers et gaziers à l’homme d’affaires russe Michael Friedman. Les sanctions américaines et européennes ont asséché les sources de financement en devises étrangères des groupes russes et font craindre pour les entreprises étrangères des risques de poursuites en cas de transactions avec une partie russe.
Les pétroliers sont doublement touchés. En plus de la tension politique, la chute des cours du pétrole compromet la rentabilité des nombreux projets dans le pays. BP, la major la plus engagée en Russie, risque de souffrir de sa participation dans Rosneft. Les bénéfices de BP pourraient ainsi s’effriter de plus des deux tiers sur le quatrième trimestre par rapport au trimestre précédent, estiment plusieurs analystes. Sur les neuf premiers mois de l’année, Rosneft a contribué pour près d’un tiers à la production totale de gaz et de pétrole de BP, qui a valorisé en 2013 sa participation dans le groupe russe à 13,68 milliards de dollars.
«Quand le rouble s’effondre, c’est un bain de sang pour tout le monde», a prévenu pour sa part la semaine dernière Carlos Ghosn, le PDG de Renault. La Russie représente 7% des volumes du constructeur et 14% de sa marge opérationnelle. 90% des voitures Renault vendues en Russie sont fabriquées sur place. Mais le groupe est également présent à l’importation. Face à la chute du rouble, Renault-Nissan a ainsi suspendu la semaine dernière les commandes de certains modèles et a augmenté de 5 à 8% le prix des voitures qui utilisent beaucoup de composants importés. La veille, General Motors avait également annoncé la suspension de la livraison de ses véhicules aux concessionnaires russes. Les analystes de Deutsche Bank s’attendent à ce que le marché automobile russe plonge de 20% en 2015 en raison de l’inflation ou de la hausse des taux d’intérêt.
Le secteur des biens de consommation courante est également inquiet. Danone n’a pas encore publiquement chiffré les conséquences de la chute du rouble. Mais selon Kepler Cheuvreux, il pourrait représenter 250 points de base au niveau du chiffre d’affaires du groupe d’agroalimentaire en 2015.
Quant au distributeur allemand Metro, il risque pour sa part de devoir attendre encore de longs mois avant de pouvoir introduire à la Bourse de Londres sa filiale russe comme il l’envisageait en début d’année. Compte tenu de la dégradation de l’environnement en Russie, les analystes de Raymond James ont récemment réduit la valeur de cette filiale. Celle-ci représente désormais environ 20% de l’actif net du distributeur allemand contre 29% avant que la crise n’éclate. La chute du rouble, avec une parité de 80 pour un euro, va par ailleurs amputer de 200 millions d’euros le résultat opérationnel annuel de Metro.
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