La crise au Portugal provoque des remous au capital des grands industriels du pays
L’onde de choc de la crise économique et financière au Portugal est en train de bouleverser le paysage industriel et capitalistique du pays. Fin 2011, le groupe chinois Trois Gorges a pris 21,5% du capital d’EDP, le producteur public d’électricité, pour 2,7 milliards d’euros, au nez et à la barbe des électriciens européens. La semaine dernière, les principaux actionnaires de Brisa, premier groupe autoroutier portugais, ont lancé une offre de retrait sur leur filiale. Et hier, c’est au tour du cimentier Cimpor de faire l’objet de convoitises. Le brésilien Camargo Correa est prêt à débourser 2,48 milliards d’euros pour s’emparer du capital qui lui fait défaut.
Numéro deux brésilien de la construction, Camargo Correa détient déjà, depuis 2010, 33% de Cimpor. Il propose 5,5 euros par action, soit une prime de 10% par rapport au cours de vendredi soir. Hier, l’action a Cimpor a terminé à 5,47 euros (+9,40 %). Le groupe brésilien pourrait trouver une alliance avec son compatriote Votorantim, qui contrôle pour sa part 21%. Une partie du capital flottant est détenu par les banques portugaises dont Banco Comercial Portugues (10%) et Caixa General de Depositos (9,6%). Cette dernière a déjà indiqué qu’elle apportera ses titres à l’offre.
Cimpor, dans lequel Lafarge détenait une participation jusqu’en 2010 avant de la céder contre des actifs au brésilien Votorantim, a fortement souffert de la crise dans son pays et en Espagne, où ses ventes ont respectivement chuté de 15% et 19% en 2011. Résultat, son bénéfice net a plongé de 18%, à 198,1 millions d’euros, l’obligeant à réduire d’autant son dividende. Une situation, couplée aux difficultés du Portugal, qui a aussi alourdi son coût de financement, même si le bilan de Cimpor reste largement sous contrôle avec un excédent brut d’exploitation qui couvre plus de 7 fois les charges financières.
Après une chute de 21% de son cours de Bourse en 2010, et une stagnation en 2011, Cimpor ne valait plus que 3,6 milliards d’euros à la Bourse de Lisbonne. En ajoutant sa dette nette, 1,6 milliard d’euros, sa valeur d’entreprise ressort à 5,5 milliards d’euros, soit 8,9 fois l’Ebitda estimé pour 2012 et 7,8 fois celui pour 2013. Des multiples qui restent néanmoins supérieurs à ceux de Lafarge d’environ un point.
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