La Cour des comptes pointe du doigt le rôle clé de Dassault dans la défense
L’Etat doit reprendre en main sa stratégie industrielle dans la défense. Une nécessité qui passe, selon la Cour des comptes, par une réflexion sur la position centrale occupée par Dassault Aviation. «L’Etat ne doit plus agir au coup par coup mais adopter une stratégie d’ensemble», selon Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, qui présentait hier un rapport sur «les faiblesses de l’Etat actionnaire d’entreprises industrielles de défense».
La multiplication des partenariats a réduit les «marges de manœuvre de l’Etat» tout en accordant dans le même temps une place centrale à Dassault Aviation. «Progressivement, l’Etat a donné à cette société familiale de taille intermédiaire les clés d’entreprises plus importantes qu’elle», souligne Didier Migaud. Or, dans le même temps, l’Etat, qui détenait 46% de Dassault avec des droits de vote doubles en 1981, n’est plus qu’actionnaire indirect de l’avionneur à travers la part de 46% d’EADS, dont la France ne détient plus que 12%.
Dassault Aviation, dont l’armée française est toujours le seul client de son avion Rafale, est le premier actionnaire de Thales, avec 26% de son capital. Un bloc constitué en grande partie lors du rachat en 2008 de 20,9% du capital de Thales à Alcatel-Lucent. A l’époque, la Direction générale pour l’armement et l’Agence des participations de l’Etat avaient indiqué que la substitution de Dassault à Alcatel constituait la «moins bonne option». Le choix a finalement contrarié la stratégie industrielle de défense de l’Etat, estime la Cour des comptes, en gênant la montée de Thales au capital du constructeur naval DCNS et en bloquant le projet d’échange d’actifs avec Safran.
Dans sa réponse aux magistrats de la Cour des comptes, Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation de 2000 à janvier 2013, souligne que toutes les décisions concernant Thales ont été prises dans le cadre du pacte d’actionnaires entre l’avionneur et l’Etat, qui détient 27% de l'équipementier.
«Désormais, le seul partenaire industriel français est Dassault, ce qui posera tôt au tard un problème de contrôle actionnarial», ajoute Didier Migaud. Selon lui, «l’Etat doit être en mesure de l’anticiper» alors que la succession à la tête de la famille Dassault pourrait provoquer à terme des conséquences indirectes sur le contrôle des groupes de défense.
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