La chute des monnaies émergentes entaille les résultats en Europe

Le décrochage du peso argentin s’ajoute à l'érosion du real ou du bolivar. Un mouvement qui frappe de nombreux groupes européens
Olivier Pinaud
Liasse de pesos argentins. Photo: Bloomberg
Liasse de pesos argentins. Photo: Bloomberg  - 

L’effet changes n’est pas près de s’amenuiser dans les comptes des entreprises exposées aux marchés émergents. Le décrochage de 14% en trois jours du peso argentin face à l’euro, qui s’ajoute à une érosion de 28% au cours des douze mois précédents, ne fait pas les affaires de plusieurs groupes européens présents dans la région et déjà fortement pénalisés par les chutes des monnaies brésilienne ou vénézuélienne.

C’est notamment le cas de Telefonica. Numéro de la téléphonie mobile au Brésil, un pays qui pèse autant que son marché domestique espagnol, l’opérateur dégage 6,3% de son chiffre d’affaires et 5% de son Ebitda en Argentine. Une exposition qui peut expliquer la contre-performance de l’action Telefonica ces trois dernières séances par rapport au secteur des télécoms européen (-5,8% contre -3,5%).

Telecom Italia s’est en revanche immunisé contre le nouveau décrochage du peso. L’opérateur italien a conclu en fin d’année dernière la cession de sa filiale argentine à des investisseurs locaux pour un montant de 960 millions de dollars. Il a déjà perçu 110 millions et attend la fin de l’examen concurrentiel pour toucher le solde. Comme le contrat a été signé en dollar, «l’évolution du peso ne devrait pas avoir d’impact sur la transaction», indiquent les analystes crédit de Natixis.

L’impact global de ces mouvements de change est encore difficilement quantifiable. Deutsche Bank rappelle néanmoins que la faiblesse au troisième trimestre 2013 du taux de chiffre d’affaires supérieurs aux attentes du consensus (40%), le plus petit depuis 2010, peut s’expliquer par l’appréciation dans le même temps de 9,5% de l’euro par rapport au panier de devises. Un mouvement qui s’est soldé par 2 à 3 points de baisse du bénéfice cumulé des entreprises du Stoxx 600.

Plusieurs groupes ont déjà alerté sur leurs résultats attendus pour 2013 en raison de cet effet de change, comme Edenred, dont près de la moitié de l’activité vient des pays émergents, Vallourec ou Peugeot.

Renault, qui n’a encore rien dit, est également extrêmement sensible aux turbulences dans les pays émergents. Exane BNP Paribas calcule qu’une baisse de 10% du panier de devises émergentes (Brésil, Argentine, Venezuela, Russie, Inde et Turquie), couplée à un repli de 10% des ventes locales, provoquerait un choc de 395 millions d’euros sur le résultat d’exploitation du constructeur français en 2014, soit un tiers de son bénéfice.

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