La bombe à retardement des fonds de retraite n’a jamais été aussi menaçante

Selon AlphaValue, la baisse des marchés et la faiblesse des taux sans risque pourraient gonfler de 180 milliards d’euros les provisions des entreprises suivies
Olivier Pinaud

Peu prise en compte par les investisseurs, en raison notamment de sa complexité technique, la bombe à retardement des fonds de retraite menace pourtant de plus en plus les entreprises. «En plus de la baisse des marchés, qui pèse sur la valeur des actifs détenus dans les fonds, la faiblesse actuelle des taux sans risque tire les taux actuariels vers le bas, ce qui se traduit par une remontée des engagements de retraite», explique Pierre-Yves Gauthier, stratégiste chez AlphaValue. Beaucoup d’entreprises pourraient ainsi devoir, dans les prochains mois, recapitaliser leurs fonds de retraite.

Le déficit de pension des 460 entreprises européennes suivies par AlphaValue s’élevait, fin 2010, à un peu moins de 300 milliards d’euros. En ajustant à la baisse le taux actuariel, pour mieux refléter la réalité, ces entreprises pourraient avoir à provisionner 180 milliards d’euros supplémentaires. Une montée des risques identique aux Etats-Unis. Récemment, une étude de Credit Suisse indiquait que les actifs des fonds de pension des entreprises du S&P 500 ne couvrent que 74 % des engagements estimés, soit un déficit de 450 milliards de dollars.

En «jouant» sur le taux actuariel notamment, les entreprises arrivent à limiter le niveau affiché de leur déficit consolidé. Sans compter que, parfois, le surplus dans une filiale locale peut compenser le déficit porté par une entité dans un autre pays. Mais dans le contexte actuel, et alors que le sujet préoccupe de plus en plus d’Etats ou de régulateurs, des ajustements ne sont pas impossibles. Avec des conséquences financières graves.

Pour Air France-KLM par exemple, AlphaValue calcule qu’une modification du taux actuariel, couplée à la baisse de 25% de la valeur des actifs du fonds de la compagnie, aurait un impact négatif de 6,5 milliards d’euros, soit 96% de ses capitaux propres à fin 2010. Très présent aux Pays-Bas également, dont le régulateur est extrêmement vigilant sur cette question, Atos porte aussi un risque élevé.

Or, les dommages financiers potentiels sont à la charge directe des actionnaires. Car comme le rappelle Pierre-Yves Gauthier, «les surplus des fonds de retraite appartiennent aux salariés. Les actionnaires ne peuvent prétendre récupérer ces sommes. En revanche, ils ont à supporter une éventuelle recapitalisation du fonds de pension».

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