Gilead parie 11 milliards de dollars sur la biotech Pharmasset

Avec cette opération, le groupe américain vise le marché de l’hépatite C. Mais les médicaments de Pharmasset ne sont encore qu’expérimentaux
Olivier Pinaud

La dégradation du contexte économique mondial n’effraie pas Gilead Sciences. Avec le rachat de son compatriote Pharmasset pour environ 11 milliards de dollars (8,2 milliards d’euros), le laboratoire pharmaceutique américain lance la plus grosse acquisition de son histoire. Son montant représentait, avant son officialisation hier après-midi, environ un tiers de sa capitalisation boursière. Depuis, la proportion s’est encore accentuée puisque le cours de Gilead Sciences a perdu près de 10 % à la Bourse de New York.

Plus que le financement de l’opération, assuré par 5 milliards de dollars de trésorerie et la contraction d’un nouveau prêt de 6,2 milliards auprès de Bank of America et de Barclays Capital, ce sont les risques opérationnels qui inquiètent le marché. S&P a d’ailleurs confirmé hier la note A- de Gilead Sciences avec une perspective stable, assurant que la génération de cash flow disponible permettra de ramener le ratio d’endettement en dessous de 1. En revanche, les analystes s’interrogent sur l’intérêt d’engager une telle somme avec, en outre, une prime de 89% sur le dernier cours de Bourse, alors que les médicaments contre l’hépatite C développés par Pharmasset ne sont qu’expérimentaux.

La société a trois molécules en phase d’essais cliniques, dont l’une en phase III, la dernière avant une éventuelle demande de mise sur le marché. Celle-ci devrait être déposée au second semestre 2013. Le médicament oral pourrait générer 3 à 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires à moyen terme, estime RBC Capital Markets. Mais, en attendant, Pharmasset réalise moins d’un million de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Gilead Sciences a prévenu que l’opération pèsera sur ses résultats jusqu’en 2014. Mais au-delà, selon elle, le rachat pourrait lui ouvrir un marché de plus de 12 millions de personnes. Son montant est estimé à 20 milliards de dollars en 2020. Numéro un mondial des médicaments contre le VIH, et construit à coups d’acquisitions, Gilead Sciences a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 7,9 milliards de dollars et un bénéfice net de 2,9 milliards.

L’opération, qui prouve la relative insensibilité de la pharmacie aux crises, pourrait déclencher d’autres mouvements, selon Piper Jaffray. Idenix, Inhibitex, Achillion, font partie des cibles régulièrement citées.

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