EY France se prépare au choc de la rotation des mandats d’audit
Au jeu des chaises musicales, EY va devoir passer son tour. Leader auprès du CAC 40, le Big Four s’attend à être la principale victime de la rotation obligatoire des cabinets d’audit. Cette réforme européenne de 2014 s’appliquera en France lors de la certification des comptes 2020. Le groupe d’audit et de conseil n’auditera plus «Orange, en 2021 et en 2022 LVMH et Air Liquide», déclare Alain Perroux, associé responsable de la région Europe de l’Ouest-Maghreb-Afrique francophone d’EY, qui tenait une conférence de presse vendredi.
«L’enjeu principal pour les cinq ans à venir est la perte d’un certain nombre de grands mandats d’audit, jusqu’en 2025 et un peu moins au-delà, ajoute le dirigeant qui a succédé cet été à Jean-Pierre Letartre, l’emblématique patron d’EY, en tandem avec Eric Fourel. C’est un enjeu important et exogène, lié à la réglementation Même si on gagne tous les mandats [qui arriveront sur le marché], on ne reconstituera pas notre portefeuille de grands comptes en matière d’audit.»
Au cours des prochaines années, «sur 23 mandats du CAC 40, 17 sont en jeu», glisse Lionel Benant, l’associé responsable d’EY Société d’Avocats. Certes, tous ne tomberont pas automatiquement sous le coup de la nouvelle réglementation qui vise, théoriquement, à casser l’oligopole des géants du secteur auprès des entités d’intérêt public (sociétés et fonds cotés, banques et compagnies d’assurance). Mais à défaut d’être résiliés automatiquement, en raison de leur longue durée (10 ans, ou 24 ans en cas de co-commissariat aux comptes), de gros contrats seront soumis à renouvellement. Ce sera le cas chez EY avec Bouygues l’an prochain. Et 2021 sera l’année de tous les dangers : «un grand nombre de mandats du CAC 40 expireront : huit chez EY (dont Valeo, Total et Danone), et six chez PwC et Mazars», pointe Olivier Chaduteau, associé au sein du cabinet de conseil Day One. Sur l’année écoulée, «nous avons 100% de renouvellement chez les grands clients et notre part de marché est restée stable », assure Jean-Roch Varon, l’associé en charge de l’audit et du conseil comptable en Europe de l’Ouest.
Pour compenser les mandats perdus en raison de la rotation, «le portefeuille va être réparti différemment. Nous allons beaucoup développer le conseil d’ici à 2025, en pourcentage [de nos activités]», assure Alain Perroux. En somme, instaurer un système de vases communicants entre les métiers du chiffre (channel 1) et les activités de conseil (channel 2), qu’un auditeur ne peut exercer dans les entreprises dont il certifie les comptes. Mais avec «l’ambition que tous les métiers fassent de la croissance». Côté audit par exemple, «nous allons aussi développer la clientèle d’ETI», indique Jean-Roch Varon. «Nous avons une croissance forte sur le middle market, de 9,5% l’an dernier», relève Eric Fourel, l’associé reponsable de EY France.
Tous métiers confondus, le groupe vise un chiffre d’affaires en hausse de 7% par an sur la période 2021-2023, avec une progression à deux chiffres dans le conseil. Soit le maintien du rythme actuel, malgré la rotation des grands mandats. Sur l’exercice 2018-2019 clos fin juin, le chiffre d’affaires d’EY France a progressé de 7,4%, à 1,164 milliard d’euros. Près de la moitié provient encore de l’audit et de l’expertise comptable (+5,3%), 35% du conseil (transactions, stratégie, opérations et digital, en hausse de 10,4%) et 17% des métiers du droit et la fiscalité (+7,4%). Les autres Big Four, KPMG, PwC et Deloitte n’ont pas encore publié leurs comptes.
Plus d'articles du même thème
-
Le collège de l'AMF requiert une lourde sanction contre Auris Gestion et ses deux dirigeants
L’organe de poursuite a sollicité une amende d'un million contre la société de gestion, assortie d’un avertissement, et de 500.000 en cumulés contre deux de ses dirigeants. -
Les fonds d’actions américaines renouent avec la décollecte
Après un rebond lors de la semaine précédente, les stratégies axées sur les actions américaines replongent avec 21,1 milliards de dollars de sorties nettes, d’après le Flow Show de Bank of America. -
Les salariés d’Uniper souhaitent un retour en Bourse de l’énergéticien allemand
Les représentants du personnel craignent qu’une vente du groupe à un acquéreur industriel ou financier entraîne son démantèlement.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- Le patron de BoursoBank prend du galon chez la Société Générale
- La Société Générale fait de BoursoBank sa figure de proue
- Emporté par le digital, Wakam fait une sortie de route
- Le scénario de vente de Cetelem en Espagne se précise
Contenu de nos partenaires
-
Crise des carburants : d'où vient le gazole que consomment les Français ?
Une éventuelle décision de Donald Trump de stopper les exportations américaines de pétrole raffiné fait craindre à la France, qui importe la moitié de son diesel, une flambée des prix qui pourrait atteindre 3,90 euros le litre -
Mystification« Le pacifisme dévoyé de Jean-Luc Mélenchon fait le jeu de Vladimir Poutine »
Sous couvert de prévenir toute escalade, le leader insoumis « s'accommoderait parfaitement d’une annexion de l’Ukraine et se place du côté de l’agresseur russe », analyse Philippe Marlière, politiste à l’Université de Londres et spécialiste des gauches -
Laïcité, GPA, fin de vie… Le discours offensif de Léon XIV face à Emmanuel Macron
Reçu à l'Elysée peu après son arrivée à Paris, vendredi matin, le pape a insisté dans sa première intervention sur plusieurs sujets clivants du débat public français.