Eurotunnel est prêt à mobiliser 100 à 150 millions d’euros de cash pour SeaFrance
«Nous ne serons ni impatients, ni prêts à faire n’importe quoi.» Conscient du lourd passé financier d’Eurotunnel, Jacques Gounon, le PDG de l’exploitant du tunnel sous la Manche, ne veut pas lancer le groupe dans une course folle à la croissance. Les 11% de hausse du chiffre d’affaires en 2011, à 845 millions d’euros, à périmètre constant, prouvent selon lui la capacité de la société à se développer en interne, notamment grâce au fret ferroviaire (filiale Europorte) dont les revenus ont bondi de 26% à périmètre constant (157,8 millions d’euros).
Les investissements engagés en 2011 dans le centre de formation des nouveaux conducteurs devraient peser sur la rentabilité du groupe mais ils permettront, à moyen terme, de nourrir la croissance dans le fret ferroviaire.
Pour autant, Eurotunnel n’exclut pas quelques acquisitions dans les infrastructures «seuls ou avec d’autres», précise Jacques Gounon, en fonction des «opportunités». Le dossier SeaFrance fait partie de cette catégorie. Selon le PDG d’Eurotunnel, l’activité de transport trans-Manche par ferry est complémentaire de celle du tunnel.
Eurotransmanche, un véhicule ad hoc, a été monté spécialement pour ce dossier. Il sera doté des capitaux nécessaires au rachat des trois navires de SeaFrance qui seront mis en vente par le courtier, dont la valeur unitaire est estimée entre 110 et 150 millions d’euros. «Nous avons la capacité de mobiliser en cash 100 à 150 millions d’euros», explique simplement Jacques Gounon, sans vouloir donner plus de détails à ce stade.
Avec 3,7 milliards d’euros de dette nette, Eurotunnel reste encore lourdement endetté, à près de 10 fois son excédent brut d’exploitation. Pour autant, la restructuration financière de 2007 a repoussé à 2018 les principales échéances, ce qui laissera au groupe le temps d’améliorer sa génération de cash-flow, alors que ses investissements resteront limités, et que la concession est ouverte jusqu’en 2086.
Un profil peu risqué qui a d’ailleurs incité la Banque de Norvège à prendre en fin d’année 2011 plus de 5% du capital d’Eurotunnel. Le cours de l’action a gagné 15% depuis début 2012, portant la capitalisation du groupe à 3,38 milliards d’euros.
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