Des grands patrons américains renoncent temporairement à leur salaire
Les grands patrons américains délient les cordons de leur bourse pour combattre l'épidémie, et protéger leur entreprise. Donations, coupes dans leur rémunération... «Les PDG sont bien conscients de la manière dont les marchés et le public réagissent aux actes de leurs homologues. Donc, quand le premier y va, les autres suivent rapidement», estime Michael Malansky, CEO de l’agence de conseil en communication Malansky + Partners, cité par Bloomberg.
Un milliard de dollars de donations
Dernier cas en date : le 7 avril, Jack Dorsey, fondateur et CEO de Twitter, annonçait qu’il donnait un milliard de dollars (920 millions d’euros), soit 28% de sa fortune, pour participer à la lutte contre la pandémie. C’est, officiellement, la plus grosse contribution à ce jour. Il a détaillé, dans des tweets, la manière dont il va effectuer cette donation XXL. Cela passera par la cession progressive d’actions qu’il détient dans son autre société Square, spécialisée dans le paiement en ligne. Les fonds seront alloués via sa fondation «Start Small». Un tableur qu’il a partagé en ligne indique que, depuis début avril, il a déjà effectué une dizaine de donations.
Le reversement à des fondations ad hoc est monnaie courante chez les patrons américains. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a annoncé sur Instagram qu’il donnait 100 millions de dollars aux banques alimentaires américaines. A côté de cela, il est très critiqué sur le possible manque de protection de ses salariés en entrepôts. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, et sa femme Priscilla Chan ont offert, de leur côté, 25 millions de dollars pour la recherche de traitements contre le coronavirus via leur fondation, The Chan Zuckerberg Initiative (CZI). La somme a été reversée au Covid-19 Therapeutics Accelerator, un fonds à 250 millions de dollars mis en place par la Fondation Bill et Melinda Gates.
Coupes temporaires dans les salaires fixes
Hors secteur tech, des CEO d’entreprises cotées ont décidé de montrer l’exemple, dès le 12 mars, lorsque le Covid-19 a été qualifié de pandémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Comme chez Disney, souvent pointée du doigt pour la rémunération de ses dirigeants. Son nouveau PDG, Bob Chapek, a annoncé qu’il renonçait à 50% de son salaire pendant la pandémie. En outre, «A partir du 5 avril, les vice-présidents verront une réduction de salaire de 20%, les vice-présidents seniors et vice-présidents exécutifs auront une réduction de salaire de 25 et 30%», écrivait-il dans un courrier adressé aux salariés.
Dans l’aéronautique, on va même plus loin. Chez Boeing, qui a déjà engagé un massif plan de départs volontaires auprès de ses 150.000 salariés, le directeur général David Calhoun et le président du conseil d’administration Larry Kellner renoncent à leur rémunération pour toute l’année 2020. En outre, l’entreprise suspend les versements de dividendes et tout programme de rachats de ses propres actions.
Dans l’hôtellerie, Arne Sorenson, CEO et président de la chaîne Marriott, a annoncé dans un message vidéo qu’il ne percevrait pas de salaire durant l’exercice 2020, et que son équipe dirigeante diminuait son salaire de moitié. Quant au spécialiste de la location de logements de particuliers Airbnb, qui a contracté deux emprunts obligataires d’un milliard de dollars, son CEO Brian Chesky ne se versera pas de salaire pendant la pandémie, pour tenter d’éviter des licenciements.
Mais ces CEO coupent juste dans leurs salaires de base, hors primes. Ed Bastain, patron de Delta, qui a annoncé ne pas toucher de salaire ces six prochains mois, a reçu en 2018 un salaire de base de 900.000 dollars, selon Atlanta Business Chronicle, alors que ses revenus totaux, issus des attributions d’actions et de ses options, atteint près de 15 millions de dollars. La rémunération totale de Mike Manley, de Disney, s’est élevée l’an passé à 13,28 millions de dollars (12,2 millions d’euros) - dont un salaire de base de seulement 1,43 million de dollars, selon le rapport annuel du groupe.
Dans le Harward Business Review, Atta Tarki, Paul Levy et Jeff Weiss ont pressé les dirigeants de passer en revue toutes leurs stock-options avant de recourir à des licenciements face à la pandémie, «pour donner l’exemple». Et de préciser : «C’est ce que l’on attend d’un bon leader, de savoir quand il est temps de se sacrifier soi-même pour les gens».
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