Danone, une opposition factice entre objectifs financiers et sociétaux
Pour les partisans comme pour les détracteurs d’Emmanuel Faber, la cause est entendue. L’éviction du président de Danone signerait la victoire de la finance sur l’éthique des affaires ; la revanche d’un capitalisme old school, celui de l’économiste Milton Friedman, des fonds activistes et de la maximisation des profits, sur l’entreprise à mission du 21e siècle qui se flattait d’apporter «la santé par l’alimentation au plus grand nombre». Les premiers le regrettent, les seconds s’en réjouissent, sans voir ce que cette opposition a de factice.
Emmanuel Faber est tombé pour ses performances financières et boursières, qu’il n’a pas su intégrer à leur juste mesure dans sa vision de long terme ? C’est vrai, mais ce serait oublier qu’il a failli, aussi, en matière de bonne gouvernance. Quant aux puristes de l’industrie agroalimentaire, ils lui reprochaient de gérer le groupe en financier, un comble.
Non-choix et revirements du conseil d’administration
En s’attaquant à la concentration des pouvoirs de l’ex-PDG, à sa pratique solitaire du management, finalement peu en accord avec les valeurs qu’il professait, Artisan Partners a visé juste. L’investisseur américain plus actif qu’activiste a choisi, comme souvent les fonds dans ce genre de dossier, de s’attaquer au point faible de la cuirasse. Sans un gouvernement d’entreprise efficace et fort, il n’est pas d’objectifs économiques, sociaux ou environnementaux qui tiennent. Artisan et ses alliés ont forcé du même coup toutes les parties prenantes à choisir leur camp : pouvoirs publics, pour une fois discrets, syndicats de l’entreprise, et un conseil d’administration dont les non-choix puis les revirements de ces dernières semaines ont illustré la division et la faiblesse jusqu'à ce que la faction des opposants à Emmanuel Faber prenne l’avantage.
Tout reste à reconstruire pour Danone. Il lui faut recruter un directeur général de premier plan et bâtir une gouvernance équilibrée qui permette de prendre les orientations stratégiques à même de remettre le groupe au niveau de ses concurrents. Est-ce à dire que le propriétaire d’Evian et d’Actimel doit remiser au placard ses exigences d’exemplarité ? Certainement pas. Après tout, si Emmanuel Faber a été le premier patron d’une société cotée en France à embrasser le statut d’entreprise à mission, il n’a fait qu’inscrire ses pas dans ceux du fondateur du groupe, Antoine Riboud, qui défendait il y a cinquante ans un capitalisme social et durable. Entre finance et ESG (environnement, social, gouvernance), l’un ne va plus sans l’autre. Tout est question de dosage.
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