Atos a brouillé sa ligne avec ses actionnaires
Les actionnaires d’Atos n’arrivent toujours pas à se faire à l’idée d’une possible offre du groupe français de services numériques sur l’américain DXC Technology. Depuis la confirmation le 7 janvier dernier des velléités d’Atos, le cours de l’action a plongé de 16%, dont 13% le jour J. Dans le même temps, celles de son premier concurrent français Capgemini et de l’américain Accenture n’ont cédé que 3%. Plusieurs fonds spécialisés dans les ventes à découvert, comme SCGE ou Marshall Wace, ont récemment renforcé leurs positions vendeuses, ce qui accroît la pression sur le titre.
«Le marché a parlé et le groupe doit l’écouter», lance un actionnaire d’Atos, sous couvert d’anonymat. Présent au capital depuis plus de deux ans pour miser sur la finalisation de la mutation du groupe français, de l’infogérance sur site vers les services dans le cloud, cet investisseur ne comprend pas le sens de l’opération DXC. «Environ les deux tiers du chiffre d’affaires de DXC sont obsolètes, car n’ayant pas encore migré vers le cloud. Cela ferait faire à Atos un important bond en arrière au moment où il devait justement commencer à voir les effets positifs sur sa croissance de la migration de son activité», redoute cet actionnaire, qui a eu l’occasion de le dire à la direction du groupe ces derniers jours. Celle-ci a multiplié les rendez-vous avec les principaux actionnaires pour tenter de les convaincre du bien-fondé de l’opération.
Question de taille
Cette acquisition permettrait au groupe français de doubler de taille et de renforcer sa présence aux Etats-Unis, avec des économies d’échelle espérées. DXC réalise un peu plus du tiers de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis, soit 6 milliards de dollars. Le double d’Atos.
Le groupe dirigé par Elie Girard depuis le départ de Thierry Breton à la Commission européenne n’a jamais exclu une opération «transformante». Mais ces derniers mois, Atos, qui disait ne pas avoir de complexe de taille aux Etats-Unis, insistait plutôt sur sa volonté de se concentrer sur des cibles de petites mensurations pour nourrir sa croissance dans le cloud et la cybersécurité. DXC irait à l’encontre de cette priorité, concrétisée en 2020 par plusieurs petites acquisitions.
Autre inquiétude des actionnaires : DXC, né de la fusion en 2017 de CSC et de HPE Services, n’a pas encore totalement achevé sa réorganisation post-rapprochement. «Même si un grand travail de restructuration a été mené depuis l’arrivée d’un nouveau directeur général en septembre 2019, la performance financière de DXC reste un sujet de préoccupation», indiquaient les analystes de la Société Générale dès le 8 janvier.
Le chiffre d’affaires de DXC n’a cessé de s’effriter en données organiques depuis 2017. Et sa marge opérationnelle, après être montée à 16% en 2019, est revenue au 30 septembre dernier à son niveau de 2017 (11%). «Acheter DXC maintenant pourrait permettre à Atos de préempter le redressement du groupe américain, avant que sa valorisation ne le rende inaccessible. Mais ce mouvement, dans le contexte économique actuel, nous semble très risqué», ajoute un investisseur qui craint que l’opération se transforme en boulet financier pour Atos.
Décote et fragilité
Le rachat de DXC, dont la valeur d’acquisition évoquée, dette comprise, frôle les 14 milliards de dollars, porterait la dette nette du nouvel ensemble à 2,93 fois l’Ebitda, avant synergies, calculent les analystes d’UBS, au-dessus de la borne haute fixée par Atos à 2,5 fois. L’acquisition nécessiterait donc une augmentation de capital, représentant environ 20% du montant total, pour respecter la discipline financière du groupe français, estime UBS.
Selon ces sceptiques, DXC ne serait pas le bon cheval pour aider Atos à combler son déficit de valorisation par rapport à ses concurrents. Le multiple valeur d’entreprise sur résultat d’exploitation (Ebit) d’Atos s’élève à 8,7 fois pour 2021, selon le consensus FactSet, quand celui de Capgemini dépasse les 14 fois.
Une décote qui handicape et fragilise Atos. En doublant de taille grâce à DXC, le groupe deviendrait moins accessible pour un concurrent, sachant qu’un éventuel acquéreur non communautaire devrait montrer patte blanche auprès de l’Etat français compte tenu du caractère stratégique des activités d’Atos.
Sollicité par L’Agefi, Atos n’a pas souhaité faire de commentaire.
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