AT&T et Time Warner se lancent dans un mariage risqué
L’opérateur télécom veut acquérir le fournisseur de contenus pour 85,4 milliards de dollars, dans un climat défavorable aux mégafusions.
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Antoine Landrot
AT&T et Time Warner tentent un rapprochement
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Time Warner
Assiste-t-on à une nouvelle mégafusion qui sera détricotée par des régulateurs tatillons ? En annonçant samedi la signature d’un accord avec Time Warner pour 85,4 milliards de dollars (la plus importante transaction de l’année), AT&T semble en prendre le chemin.
L’opérateur de télécommunications américain propose 107,5 dollars par action, payés pour moitié en numéraire, pour moitié en titres AT&T. Il s’attend à générer des synergies annuelles d’un milliard de dollars au bout de trois ans et qu’elle soit relutive dès le premier.
En acquérant Time Warner, AT&T suit la tendance des opérateurs télécom à se diversifier verticalement en acquérant du contenu, face à la saturation du marché de la téléphonie mobile et des difficultés des câblo-opérateurs face aux services de diffusion vidéo sur internet. Il met la main sur un mastodonte des médias convoité : Time Warner –qui avait éconduit Twenty-First Century Fox en 2014 malgré les 80 milliards de dollars que ce dernier proposait– possède en effet les chaînes HBO, CNN, TNT et TBS, ainsi que les studios Warner Bros.
La perspective d’un tel regroupement, à la veille des élections présidentielles américaines, a fait réagir. En dehors des candidats Hillary Clinton, dont l’équipe a exprimé sa méfiance à l’égard de l’opération, et Donald Trump, qui promet de démanteler les «oligopoles» médiatiques, le sous-comité du Sénat à la concurrence a annoncé la tenue d’une audition avant la fin de l’année.
Les autorités de la concurrence américaine, que ce soit la division antitrust du ministère de la Justice ou la Federal Trade Commission, ont durci leurs critères ces dernières années. Cette sévérité est la cause de l’échec récent des mégafusions de Pfizer et avec Allergan dans l’industrie pharmaceutique, de Halliburton avec Baker Hughes dans le parapétrolier, ou encore de Staples avec Office Depot dans les fournitures de bureau. AT&T a indiqué qu’il ignorait si l’autorité des télécommunications (la FCC) aurait son mot à dire. Son patron Randall Stephenson estime que face à une fusion «verticale», le gouvernement répond en général «en demandant des remèdes, des concessions, et en imposant des conditions».
Le groupe, qui entend boucler l’opération fin 2017, entend la financer par trésorerie et recours à l’emprunt. Etant donné que son cash atteint 7,2 milliards de dollars, il devra considérablement accroître sa dette nette, qui s’élevait déjà à 120 milliards de dollars au 30 juin. Convaincre les investisseurs et les agences de notation pourrait également s’avérer difficile.
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