AT&T et Time Warner se lancent dans un mariage risqué
Assiste-t-on à une nouvelle mégafusion qui sera détricotée par des régulateurs tatillons ? En annonçant samedi la signature d’un accord avec Time Warner pour 85,4 milliards de dollars (la plus importante transaction de l’année), AT&T semble en prendre le chemin.
L’opérateur de télécommunications américain propose 107,5 dollars par action, payés pour moitié en numéraire, pour moitié en titres AT&T. Il s’attend à générer des synergies annuelles d’un milliard de dollars au bout de trois ans et qu’elle soit relutive dès le premier.
En acquérant Time Warner, AT&T suit la tendance des opérateurs télécom à se diversifier verticalement en acquérant du contenu, face à la saturation du marché de la téléphonie mobile et des difficultés des câblo-opérateurs face aux services de diffusion vidéo sur internet. Il met la main sur un mastodonte des médias convoité : Time Warner –qui avait éconduit Twenty-First Century Fox en 2014 malgré les 80 milliards de dollars que ce dernier proposait– possède en effet les chaînes HBO, CNN, TNT et TBS, ainsi que les studios Warner Bros.
La perspective d’un tel regroupement, à la veille des élections présidentielles américaines, a fait réagir. En dehors des candidats Hillary Clinton, dont l’équipe a exprimé sa méfiance à l’égard de l’opération, et Donald Trump, qui promet de démanteler les «oligopoles» médiatiques, le sous-comité du Sénat à la concurrence a annoncé la tenue d’une audition avant la fin de l’année.
Les autorités de la concurrence américaine, que ce soit la division antitrust du ministère de la Justice ou la Federal Trade Commission, ont durci leurs critères ces dernières années. Cette sévérité est la cause de l’échec récent des mégafusions de Pfizer et avec Allergan dans l’industrie pharmaceutique, de Halliburton avec Baker Hughes dans le parapétrolier, ou encore de Staples avec Office Depot dans les fournitures de bureau. AT&T a indiqué qu’il ignorait si l’autorité des télécommunications (la FCC) aurait son mot à dire. Son patron Randall Stephenson estime que face à une fusion «verticale», le gouvernement répond en général «en demandant des remèdes, des concessions, et en imposant des conditions».
Le groupe, qui entend boucler l’opération fin 2017, entend la financer par trésorerie et recours à l’emprunt. Etant donné que son cash atteint 7,2 milliards de dollars, il devra considérablement accroître sa dette nette, qui s’élevait déjà à 120 milliards de dollars au 30 juin. Convaincre les investisseurs et les agences de notation pourrait également s’avérer difficile.
Plus d'articles du même thème
-
Les exportations continuent de soutenir l’économie chinoise
L’excédent commercial a dépassé les attentes en septembre et est en passe d’atteindre à nouveau 1.000 milliards de dollars, soutenu par la technologie. Mais l’activité reste déséquilibrée avec une croissance domestique toujours faible, ce que reflète l’évolution des prix. De quoi agacer ses partenaires commerciaux. -
Les actions gagnent du terrain dans les portefeuilles des CGP au troisième trimestre
Selon le baromètre trimestriel de Nortia, une partie des professionnels favorise des expositions directement sur les marchés pour profiter pleinement des rendements. -
Nvidia s'invite au capital de Doctolib et conforte son assise européenne
Le concepteur de puces a annoncé mardi soir la prise de participations minoritaires dans les start-up tricolores Doctolib, Genesis AI, Entalpic et Pigment. Il a aussi promis 250 millions de dollars d’investissements au Royaume-Uni.
ETF à la Une
BlackRock veut ajouter une catégorie de parts ETF à cinq fonds actifs
- Danfoss réussit une émission obligataire malgré la cyberattaque en France
- Worldline s'assure une place dans la course à l'agentique
- La France a encore des raisons de croire en son économie
- L’exposition à géométrie variable des banques françaises au risque souverain
- Les banques françaises ne savent pas parler aux femmes
Contenu de nos partenaires
-
Flux sortantLes exportations chinoises surfent sur la vague de l'intelligence artificielle
Grâce à un bond de plus de 36 %, le commerce extérieur continue de soutenir l'économie du pays -
« Les victimes s’en souviendront » : pourquoi LFI a refusé de voter la loi intégrale
Les députés insoumis se sont abstenus lors du vote de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale -
« Une épreuve de force » : Marine Le Pen veut imposer un bras de fer à l’UE
Dans un entretien au Financial Times, la candidate du Rassemblement national à la présidentielle explique vouloir tailler dans le budget bruxellois et bousculer les traités pour affaiblir la Commission européenne de l'intérieur, sans quitter la zone euro