Air France-KLM prend un nouveau cap
Les débuts de Benjamin Smith, nommé hier directeur général d’Air France-KLM pour pallier la démission de Jean-Marc Janaillac suite à son référendum raté sur un projet d’accord salarial, promettent d’être sportifs. Depuis une semaine, alors que le nom de l’actuel directeur d’exploitation d’Air Canada circulait dans la presse, les syndicats (français surtout) de la compagnie aérienne sont vent debout contre sa nomination officielle par le conseil d’administration d’Air France-KLM, et ils l’ont redit hier soir.
C’est la première fois que le groupe sera dirigé par un non-Français (même s’il maîtrise la langue). «Un dirigeant qui n’a pas la fibre nationale aura plutôt tendance à délocaliser l’activité», a affirmé ainsi Philippe Evain, président du SNPL, le principal syndicat de pilotes d’Air France, sur Franceinfo. L’intersyndicale, qui compte notamment le SNPL, la CGT et l’Unsa, était allée un cran plus loin jeudi matin : «Il est inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d’un dirigeant étranger dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent (Delta Airlines pour ne pas le citer).» L’américain Delta possède 8,8% du capital d’Air France-KLM.
Benjamin Smith prendra les rênes le 30 septembre au plus tard, «chargé en priorité de redynamiser Air France, de donner une profonde impulsion stratégique au groupe et de travailler avec les équipes à une nouvelle approche managériale», indique le groupe, qui précise que le dirigeant déterminera l’organisation de la direction générale. Et il aura la lourde tâche de relancer les négociations sur les salaires et les conditions de travail, en suspens depuis la démission de Jean-Marc Janaillac en mai dernier. Sa réputation de fin négociateur a probablement contribué à sa nomination. Benjamin Smith est aussi considéré comme l’un des architectes de la mue d’Air Canada en un groupe aérien mondial.
Conscient qu’il n’arrive pas en terrain conquis, le dirigeant de 46 ans a déclaré souhaiter «gagner la confiance et le respect des équipes d’Air France-KLM pour que nous travaillions et réussissions ensemble». Il a le soutien de l’Etat, actionnaire de la compagnie à 14,3%. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait annoncé en début d’après-midi que le gouvernement voterait en sa faveur et souligne dans un communiqué commun avec la ministre des Transports, Elisabeth Borne, que Benjamin Smith «bénéficie de la pleine confiance de l’Etat et des principaux actionnaires d’Air France-KLM pour rétablir le dialogue social et mener à bien les grands chantiers de transformation du groupe».
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