Un coup de frein brutal sur la liquidité mondiale en 2018 ?
A compter de l’année prochaine, la BCE diminuera progressivement le volume de ses achats de titres, jusqu’à l’arrêter, et la Fed entreprendra de réduire la taille de son bilan. Ces inflexions soulèvent la question d’un assèchement de la liquidité mondiale.
Pour l’heure, la base monétaire du monde continue de croître un peu plus rapidement que le PIB mondial en valeur, à 7,4% à la fin du premier trimestre. Elle contient donc toujours une remontée des taux longs. Mais à considérer que la Fed ne réinvestira pas quelque 390 milliards de dollars d’actifs qui arriveront à maturité l’année prochaine, c’est 1,7 point de la base monétaire du monde qui partira en fumée en 2018. Et si la BCE n’achète plus qu’environ 300 milliards d’euros l’an prochain contre presque 800 milliards cette année, ce sont 2,2 points de croissance de la liquidité qui feront défaut.
Il faut regarder ce que les autres banques centrales vont faire. La Banque du Japon (BoJ), prise au piège de sa politique de contrôle de la courbe dans un contexte de remontée des taux d’intérêt américains et européens, ne va pas pouvoir trop décélérer ses achats qui pourraient continuer à 50.000 milliards de yens l’année prochaine (sachant qu’elle a communiqué sur un maximum de 80.000 milliards). La Banque d’Angleterre (BoE) devra à un certain moment se soucier de la stabilité de la livre, ce qui l’empêchera de reprendre ses achats de titres ; les petites banques centrales européennes, faisant face au ralentissement des achats de la BCE, n’auront plus à lutter contre l’appréciation de leur monnaie vis-à-vis de l’euro.
Mais n’oublions pas les émergents. En 2015, ils avaient détruit 750 milliards de dollars en réserves de change, pour stabiliser leurs devises mises à mal par l’amorce du cycle de hausse des taux de la Fed, les fuites de capitaux chinois et la baisse des cours des matières premières, contribuant ainsi à une contraction de 3,8 points de la liquidité mondiale. Courant 2016, les devises émergentes se sont progressivement stabilisées, ce qui a stoppé la destruction des liquidités. En 2018, si l’amélioration économique des pays émergents se poursuit, on peut penser que leurs banques centrales contribueront à nouveau à la création monétaire mondiale.
Sur cette base, et sous couvert de changes stables, on peut prévoir une croissance de la base monétaire mondiale de l’ordre de 4% en 2018. L’expansion monétaire va donc ralentir. Ce sera un freinage conséquent, mais pas aussi brutal que lors du second semestre 2015.
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